Le 11 juin 1897 naissait à Łódź, en Pologne, l’un des compositeurs les plus prolifiques, cosmopolites et fascinants du XXème siècle : Alexandre Tansman. Naturalisé français en 1938, puis exilé aux États-Unis, cet artiste complet, virtuose du piano et chef d’orchestre, a traversé le siècle en bâtissant une œuvre immense à la croisée du néoclassicisme européen, du folklore juif et polonais, et de la modernité américaine.
Un prodige polonais adopté par le Tout-Paris
Issu d’une famille de la bourgeoisie juive polonaise cultivée et francophile, Alexandre Tansman commence ses études musicales à Łódź avant de s’installer à Varsovie, où il mène de front des études de droit et de composition. En 1919, lassé de l’incompréhension des milieux académiques polonais face à sa modernité, il prend une décision capitale : il s’installe à Paris avec seulement quelques francs en poche.
Dans la capitale française, son talent éclate rapidement. Il se lie d’une profonde amitié avec Igor Stravinsky (auquel il consacrera plus tard une biographie de référence) et Maurice Ravel. S’il refuse de s’enfermer dans un dogme esthétique, il devient un membre éminent de l’École de Paris, un groupe de compositeurs exilés (comprenant Bohuslav Martinů, Tibor Harsányi et Marcel Mihalovici) qui enrichissent la scène française de leurs cultures d’origine. C’est à Paris qu’il épouse la pianiste Colette Cras, fille du compositeur et amiral Jean Cras.
Des triomphes internationaux au jazz américain
Dès les années 1920, la musique de Tansman s’exporte au-delà des frontières. Le célèbre chef d’orchestre Serge Koussevitzky programme régulièrement ses œuvres à Boston et New York. Lors de sa première grande tournée américaine en 1927, Tansman fait une rencontre qui va profondément marquer son style : celle de George Gershwin. Subjugué par l’énergie du jazz, Tansman intègre ces rythmes syncopés et ces harmonies bleues dans plusieurs de ses chefs-d’œuvre, à l’instar de son Concerto pour piano n°2 ou de son célèbre ballet « La Nuit kurde ».
Grand voyageur, il réalise entre 1932 et 1933 un tour du monde musical triomphal qui le mène d’Hawaï au Japon, en passant par la Chine, l’Inde et l’Égypte, où il est reçu par le Mahatma Gandhi.
L’exil à Hollywood et la réussite cinématographique
En 1941, en raison des lois antisémites du régime de Vichy et de l’occupation nazie, Tansman est contraint de fuir la France. Grâce au comité de sauvetage d’artistes mis en place par le diplomate Varian Fry et l’appui de son ami Charlie Chaplin, il parvient à embarquer pour les États-Unis et s’installe à Los Angeles.
À Hollywood, il intègre le cercle prestigieux des intellectuels en exil (Thomas Mann, Arnold Schönberg, Igor Stravinsky) et met son génie de l’orchestration au service du septième art. Il compose les musiques de plusieurs grands films de la Warner Bros et de la Universal, notamment « Flesh and Fantasy » (1943) de Julien Duvivier, ou encore « Paris Underground » (1945) de Gregory Ratoff, qui lui vaut une nomination historique aux Oscars pour la meilleure musique de film.
Le retour en France et un catalogue monumental
Profondément attaché à sa patrie d’adoption, Alexandre Tansman regagne Paris dès 1946. Jusqu’à sa disparition en novembre 1986, il ne cessera d’écrire, laissant un catalogue monumental de plus de 300 œuvres, comprenant 9 symphonies, des opéras, de splendides pièces de musique de chambre et un répertoire majeur pour la guitare classique (dédié à son ami Andrés Segovia), comme la célèbre « Cavatine ».
Chaque matin dans Tempo Matin, Anne-Valérie explore pour vous les destins fascinants des grands noms de la musique. Retrouvez cette chronique en podcast sur le site d’Accent 4 !