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Cole Porter, l'orfèvre de Broadway et des "Années Folles"
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Le 9 juin 1891 naissait à Peru, dans l’Indiana, l’un des compositeurs et paroliers les plus sophistiqués, élégants et prolifiques de la musique populaire américaine et de l’histoire de Broadway : Cole Porter. S’il nous a quittés en octobre 1964 à Santa Monica, il reste le dandy absolu de la chanson américaine, ayant laissé une empreinte indélébile sur le Great American Songbook.

Un destin doré aux origines de l’Indiana

Fils de Samuel Fenwick Porter, un pharmacien, et de Kate Cole, le jeune Cole Albert Porter grandit dans un environnement particulièrement privilégié. Son grand-père maternel, James Omar Cole, est un magnat du charbon et du bois, l’un des hommes les plus riches de l’Indiana. C’est sa mère, femme cultivée et ambitieuse, qui décèle très tôt le génie de son fils : elle l’initie au violon et au piano dès l’âge de 6 ans. À seulement 10 ans, le jeune prodige compose sa première opérette, et à 14 ans, il entre à la prestigieuse Worcester Academy.

Bien que son grand-père le pousse vers une carrière juridique en l’envoyant étudier à l’Université Yale puis à la faculté de droit de Harvard, la passion de Cole pour les notes est plus forte que tout. À Yale, il écrit les hymnes de l’équipe de football et monte ses premiers spectacles musicaux étudiants. En 1915, il prend une décision irrévocable : il quitte Harvard pour se consacrer entièrement à la musique.

L’aventure parisienne et les fastes de la Côte d’Azur

En 1917, en pleine Première Guerre mondiale, Cole Porter s’installe à Paris. Il y mène une vie de bohème dorée, s’engageant un temps dans une organisation humanitaire (qui alimentera le mythe de sa participation à la Légion étrangère). C’est dans la capitale française qu’il rencontre Linda Lee Thomas, une riche divorcée de la haute société américaine, d’une élégance rare. Ils se marient en 1919 et emménagent dans un somptueux hôtel particulier de la rue Monsieur, qui devient le point de ralliement du tout-Paris artistique.

Durant les « Années Folles », le couple Porter incarne l’esprit de la Lost Generation (la Génération perdue). Ils louent d’immenses palais à Venise, organisent des fêtes légendaires sur la Côte d’Azur et côtoient les plus grands esprits de l’époque, d’Ernest Hemingway à Scott et Zelda Fitzgerald. C’est durant cette période européenne que Cole Porter affine son style unique, étudiant même la composition et le contrepoint à la Schola Cantorum de Paris auprès de Vincent d’Indy.

Le roi des comédies musicales et des standards de jazz

Le grand triomphe public arrive à la fin des années 1920 avec la comédie musicale Paris (1928), qui contient le titre audacieux « Let’s Do It, Let’s Fall in Love ». Dès lors, Cole Porter enchaîne les chefs-d’œuvre pour Broadway et pour Hollywood, écrivant — fait rare à l’époque — à la fois les mélodies complexes et les paroles de ses chansons, réputées pour leurs rimes acérées, leur humour piquant et leurs doubles sens d’une grande sensualité.

On lui doit les comédies musicales cultes Anything Goes (1934) et Kiss Me, Kate (1948) — une adaptation musicale de La Mégère apprivoisée de Shakespeare qui remportera le tout premier Tony Award de la meilleure comédie musicale de l’histoire. Son catalogue regorge de standards immortels repris par les plus grands noms du jazz (de Frank Sinatra à Ella Fitzgerald), parmi lesquels :

  • « Night and Day » (1932)

  • « I’ve Got You Under My Skin » (1936)

  • « Begin the Beguine » (1935)

  • « You’d Be So Nice to Come Home To » (1943)

Le courage face au drame et l’héritage musical

En 1937, la vie de Cole Porter bascule tragiquement lors d’un accident d’équitation à Long Island. Ses jambes sont broyées, le laissant handicapé et sujet à des douleurs chroniques effroyables pour le restant de ses jours. Malgré plus de trente opérations et l’amputation de sa jambe droite en 1958, Porter refuse de sombrer dans le silence et continue de composer ses plus belles mélodies depuis son lit d’hôpital ou son piano adapté.

Son courage et sa vie romanesque inspireront deux grands films biographiques à Hollywood : Nuit et Jour (1946) avec Cary Grant, et le vibrant De-Lovely (2004) incarné par Kevin Kline.


Dans cet épisode de L’info en +, découvrez tout ce qu’il y a savoir en plus sur le monde de la musique classique mais pas que! Retrouvez Anne Valérie Walter du lundi au vendredi dans Tempo Matin!

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