Opus Café : rdv bimensuel, en direct, sur Accent4, depuis le café du CNS, entrée libre
Tous les 15 jours, le lundi, de 18h à 20h, du café du Conservatoire National de Strasbourg.
Ré-écouter la dernière émission :

 

 

 

 

 

 

 


FOCUS

 

K comme…

Mieczysław KARLOWICZ


Compositeur polonais

Né le 11 décembre 1876 à Vilnius

Mort le 8 février 1909 dans les Monts Tatras


Principales compositions: Six poèmes symphoniques, op.9 à 14 (Les vagues revenantes, Chant éternel, Une triste histoire, Stanislaw et Anna Oswiecim, Chant de l'éternelle aspiration, Durant une mascarade) (1904-09)

Une symphonie Renaissance, op.7 (1902)

Un concerto pour violon, op.8 (1902)

Une musique de scène, op.6 : Bianca de Molena (1900)

Une sérénade pour orchestre à cordes, op.2 (1897)

Vingt-deux Lieder (1895-1898)

Quelques pièces pour piano de jeunesse…



Lorsqu'il disparut en 1909, emporté par une avalanche lors d'une randonnée dans les Monts Tatras où il s'était installé à Zakopane en 1907, la Pologne perdit en Mieczyslaw Karlowicz celui qui aurait pu incarner, avant Szymanowski, un véritable renouveau musical.


Pourtant, son éclectisme, non exempt d'une admiration assumée pour Wagner et Richard Strauss, ses penchants modernistes en rupture avec le romantisme traditionnel et le style nationaliste hérité de Chopin, lui valent pendant de longues années un accueil public et critique extrêmement réservé dans son pays, comme à l'étranger.

Tout au plus lui reconnait-on une parfaite maitrise de la technique orchestrale.


C'est tout d'abord au violon que le jeune Mieczyslaw fait ses premières armes, dès l'âge de 7 ans. Au cours des fréquents séjours de la famille en Allemagne dans les années 1885-86, il découvre la musique symphonique de Weber, Brahms ou Smetana.

De retour à Varsovie, il se forme en privé auprès du violoniste pédagogue Jan Jakowski, tout en se consacrant de 1889 à 1895 à l'apprentissage de l'harmonie et du contrepoint.


Il projette alors d'étudier à la Hochschule de Berlin auprès du mythique Josef Joachim.

Est-ce la déception de ne pas y avoir été admis, ou la prise de conscience de ses limites comme instrumentiste? Toujours est-il qu'il délaisse son violon pour la composition qu'il étudie auprès d'Heinrich Urban, tout en suivant des cours d'histoire et de philosophie à l'Université de Berlin.

De cette époque date la majeure partie des 22 chants pour voix soliste qui nous sont parvenus mais aussi le début de sa passion presqu'exclusive pour l'orchestre.


C'est en effet dans ses dernières années d'études à la fin des années 1890, qu'il entreprend l'écriture de sa symphonie "Renaissance" - dont le nom dit assez les changements psychologiques qui se font jour à cette époque chez le jeune homme fragile.

Jusqu'à la fin de sa vie, Karlowicz n'aura alors de cesse d'explorer les possibilités infinies de l'orchestre pour lequel il composera son Opus Magnum: une série de 6 vastes poèmes symphoniques, écrit entre 1904 et 1909 et dont la richesse harmonique et l'ampleur le placent incontestablement au premier rang des représentants du courant néo-romantique dans l'Europe du début du XXème siècle.

Ils se caractérisent par une mélancolie et un lyrisme désenchanté, typiques des idéaux du mouvement artistique "Nouvelle Pologne" auxquels adhéraient Karlowicz.

Les derniers concerts à Varsovie, couronnés de succès, nous montrent un compositeur enfin en phase avec son époque, à l'orée d'une carrière exceptionnelle.

Patrice MERCIER




Pour prolonger l'écoute:

Quantitativement peu importante, l'œuvre de Karlowicz est plutôt bien servie au disque, quantitativemente et qualitativement, à commencer par ses poèmes symphoniques, intégralement enregistrés chez Dux, ProMusica, Chandos ou Naxos. Son concerto et ses lieder bénéficient aussi de plusieurs gravures intéressantes.



RETROUVEZ LES CHEMINS DE TRAVERSE SUR ACCENT 4 LE TROISIEME MERCREDI DE CHAQUE MOIS AUX ENVIRONS DE 17H30…

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Brèves d’Accent 4

 

Accent 4 et les Musicales de Colmar !

Le lundi 10 mai entre 15h et 17h, Accent 4 propose un Opus Café, spécial Musicales, en direct du Théâtre municipal de Colmar. Cette émission sera ponctuée d’interventions musicales.

Les invités : Michel Spitz, Marc Coppey et des artistes des Musicales.

Entrée libre !

Accent 4 et l’OPS !

Chargée par l’OPS de préparer le cycle des conférences précédant les concerts, Accent 4 a invité Michel Le Naour (jeudi 20 et vendredi 21 mai) et Elisabeth Brisson (jeudi 27 mai). Michel Le Naour s’intéressera à la Deuxième symphonie de Brahms. Elisabeth Brisson présentera la Septième symphonie de Beethoven : La Grande symphonie en la : « la plus facile à comprendre »Ces conférences ont lieu de 19h30 à 20h15 au Palais de la Musique et des Congrès. Entrée libre !


De si, de la


VOIX DE STRASS, chœur de chambre de Strasbourg, dirigé par Catherine Bolzinger, renouvelle les Entre-Deux et propose une nouvelles série de trois rendez-vous entre le lundi 10 mai et le mercredi 12 mai de 12h à 13h.

- Lundi 10 mai - Droits de l’Homme

Josquin des Près (v. 1450-1521), John Cage, Carl

Intervention de Jean-Paul Costa, Président de la Cour Européenne des droits de l’Homme

- Mardi 11 mai - Droits de l’homme et droits de la femme

Livre vermeil de Montserrat (manuscrit du XIVième siècle), Pascal Dusapin

Intervention de Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au Maire de Strasbourg en charge des Affaires Sociales

- Mercredi 12 mai - Droits de l’homme et droits des arbres

Clément Janequin, Murray Schafer, Aperghis, Costeley, Lejeune

Intervention de Marie-Pierre Camproux-Duffrène, Maître de conférences à la Faculté de Droit.

Ces trois rendez-vous seront enregistrés par Accent 4 et diffusés du mardi 11 mai au jeudi 12 mai entre 18h et 20h.


 

6ème Académie de Musique & Danse baroque à Neuwiller-lès-Saverne, du 22 au 29 août.

Les professeurs : Marc Hervieux, flûte à bec, Fanny Pestalozzi, violon, Lisa Erbès, violoncelle, Estelle Gerthoffert, clavecin, orgue, Christine Bayle, danse baroque, Sabine Blanc et Louis Ziegler, éveil corporel.

Coût du stage : Frais pédagogiques par personne : 250€ et Frais d’hébergement par personne : 300€ ( en pension complète (nuit, petit déjeuner et repas)

L’ADIAM attribue une bourse d’étude d’un montant de 75€ aux élèves et aux professeurs des Écoles de Musique et de Danse agréées du Bas-Rhin.

Renseignements : Marc HERVIEUX   06 63 81 31 31

Email : lemasque@le-masque.com 

Inscriptions à retourner avant le 20 juin 2010 à l’adresse suivante :

4 place des Moulins 67000 Strasbourg - FRANCE

www.le-masque.com

 


Si loin, si proche…


22e édition du Festival International de Colmar

Du 2 au 13 juillet 2013

22 concerts

Hommage « croisé » dans le cadre de l’année France-Russie 2010

à Maurice Ravel (1875-1937) et à Sergueï Rachmaninov (1873-1943)



« Je n’ai jamais éprouvé le besoin de formuler les principes de mon esthétique.

Si j’étais tenu de le faire, je demanderais la permission de reprendre

à mon compte les déclarations de Mozart.

Il se bornait à dire que la musique peut tout entreprendre, tout oser

et tout peindre, pourvu qu’elle reste enfin et toujours la musique… »

Maurice Ravel dans Quelques réflexions sur la musique


« Le compositeur doit posséder deux qualités essentielles,

l’imagination et le sens aigu de la couleur musicale !

La musique est la sœur de la poésie et la fille de la tristesse… »

Sergueï Rachmaninov




Pour la première fois de son histoire, le Festival de Colmar rend un « double » hommage, un hommage franco-russe à Maurice Ravel et à Sergueï Rachmaninov qui ont, chacun à sa façon, marqué l’histoire musicale de la première moitié du 20e siècle. Ces deux pianistes-compositeurs à la carrière plutôt atypique ont créé des univers musicaux très personnels, fort éloignés au premier abord. Cependant, la richesse de leur création, même s’ils ont été assez peu prolifiques comparés à certains de leurs contemporains, permet des « jeux de correspondance » tout à fait passionnants dans de nombreux domaines. « L’axe » franco-russe sert donc du fil conducteur de l’édition 2010, mis en lumière par des jeux de miroir dans le choix des répertoires et des artistes.


L’œuvre de Ravel, fruit d’une recherche quasi obsessionnelle de perfection, porte les traces d’un riche héritage s’étendant de Rameau et Couperin à son maître Gabriel Fauré et Ernest Chausson, sans oublier les pionniers du jazz, qu’il découvre lors de son voyage aux Etats-Unis. Après avoir participé au début du 20e siècle au mouvement que l’on qualifie volontiers d’« impressionniste », Ravel s’oriente peu à peu vers une sorte de « néoclassicisme » plus dépouillé.


Reconnu comme un maître absolu de l'orchestration, Ravel possède une sensibilité et une expressivité qui rendent sa musique très actuelle. Même s’il avait été fasciné et influencé par la musique russe, à laquelle il s’est référé tout au long de sa vie, Ravel reste aux yeux du monde l’incarnation la plus parfaite de « l’esprit français ».


Unanimement considéré comme l’un des compositeurs français les plus emblématiques, Ravel s’avère parfois être la « victime » du succès planétaire de son œuvre la plus célèbre, le Boléro. Musicien complet et orchestrateur de génie, il s’est illustré dans pratiquement tous les genres musicaux; et le Festival de Colmar 2010, sans prétendre à une impossible exhaustivité, s’efforcera de présenter une large palette de ses créations.


Oublions toutes les idées reçues sur la musique de Ravel et la soi-disante complexité de ses harmonies sophistiquées… Chez Ravel, ce sont le dépouillement et la simplicité qui dévoilent le plus souvent la beauté ! Toujours évocatrice, mais loin des clichés sur l’« impressionnisme » musical, la création ravélienne dépasse cette étiquette trop réductrice pour s’affirmer avec une finesse, une science des couleurs, une élégance, une subtilité et une tendresse inégalées.


Assez peu prolifique (86 œuvres originales et 25 pièces orchestrées ou transcrites), la production musicale de Ravel se caractérise par l’extrême diversité des genres abordés, comme par une proportion tout à fait impressionnante d’œuvres reconnues comme « majeures » dans l’évolution de la musique classique occidentale. Quant à son orchestration des Tableaux d'une exposition de Moussorgski, non seulement elle a notablement contribué, depuis des décennies, à la renommée internationale du musicien français, mais elle a également fini par pratiquement occulter la version originale pour piano seul du compositeur russe.


Avec Ravel disparaissait en 1937 le dernier représentant d’une lignée de musiciens qui avaient su renouveler l’écriture musicale, sans jamais renoncer aux principes hérités du classicisme. Par-là même, Ravel apparaît comme le dernier compositeur dont l’œuvre dans sa totalité, toujours novatrice et jamais rétrograde, soit, comme le disait Marcel Marnat, « entièrement accessible à une oreille profane ».


Quant à Rachmaninov, son presque contemporain, ce pianiste, compositeur et chef d’orchestre occupe une place encore plus singulière dans l’histoire de la musique. Résolument postromantique, il se place dans la lignée des grands compositeurs russes du 19e siècle, en premier lieu Piotr Tchaïkovski. Pianiste virtuose à la réputation mondiale, contraint à l’exil après la Révolution russe de 1917 – exil qu’il n’a jamais pu vraiment accepter !– Rachmaninov nous laisse un héritage musical bien plus riche que les quelques « tubes » qui l’ont fait connaître en Occident.


Mélodiste incomparable, profondément enraciné dans la terre russe, à laquelle il fut brutalement arraché, Rachmaninov a souvent dérouté par son attachement viscéral à la tradition… Ses relations avec Igor Stravinski, très complexes, illustrent bien ce paradoxe : immensément connu, Rachmaninov se trouve finalement très isolé face au triomphe des nouvelles théories musicales et des recherches « radicales » de ses compatriotes. À New York, Carl Lamson est témoin d’une conversation édifiante entre Rachmaninov et le célèbre violoniste Fritz Kreisler qui discutent de l’œuvre de Stravinski. Kreisler vante les mérites de Petrouchka et de L’Oiseau de feu. Réservé et courtois, comme à son habitude, Rachmaninov acquiesce … La conversation en vient au Sacre du printemps que Kreisler considère comme l’une des grandes œuvres fondatrices de la musique « moderne » du 20e siècle. Rachmaninov sort alors de sa réserve monosyllabique pour lâcher : « Oh, Le Sacre… c’est déjà moins bien! ».


Tout en rendant un hommage appuyé aux partitions de Stravinski écrites pour Serge de Diaghilev et ses « Ballets Russes », le Festival de Colmar 2010 sera l’occasion, espérons-le, de rendre justice aux facettes méconnues de Rachmaninov, musicien majeur de la première moitié du 20e siècle à l’inspiration riche et fertile, et dont l’œuvre mériterait de trouver enfin toute sa place dans l’histoire de la musique.


Le langage musical de Rachmaninov, aisément reconnaissable, accorde la primauté absolue à la mélodie : sa musique nous touche par sa bouleversante vulnérabilité et par son absolue sincérité. Rachmaninov n’a jamais cessé d’être véritablement adulé en Russie, malgré son étiquette d’ « artiste émigré », connotation rédhibitoire du temps de l’enfin Union Soviétique. En Occident, son œuvre a souffert d’un curieux malentendu, et seule une petite partie de ses partitions se trouve régulièrement jouée. Certes, les thèmes mélodiques de son célébrissime Prélude ou le début de son Deuxième concerto pour piano ont souvent été utilisés comme « musique de film » et ont trouvé un large public. Cependant, l’on continue à reprocher à Rachmaninov son attachement sans faille au postromantisme, à la musique mélodique et tonale, ainsi qu’aux traditions de musique russe héritées du 19e siècle. Son exil après 1917, en Europe, puis aux Etats-Unis, correspond selon les termes d’un biographe à « l’exil de la modernité ».


Pianiste aux moyens techniques vertigineux, Rachmaninov fut sans aucun doute l’un des artistes les plus appréciés en concert dans les années 1920-1940. Il a pourtant toujours souffert de l’ombre que sa brillante carrière de concertiste faisait à ses compositions… Son œuvre de compositeur, certes assez limitée quantitativement (seulement quarante-cinq numéros d’opus !), frappe par sa diversité : musique de chambre, musique chorale, symphonies, poèmes symphoniques, deux grands cycles liturgiques, pièces pour piano seul, innombrables mélodies, concertos pour piano et orchestre…


Dernier « vrai » romantique du 20e siècle, chantre nostalgique de la Russie éternelle, souvent honni par l’avant-garde musicale et méprisé par une certaine « intelligentsia » occidentale, qui qualifiaient sa musique d’ « anachronique » et même de « démodée », Rachmaninov n’a hélas échappé à aucun cliché… Loin des jugements hâtifs et des idées préconçues, son œuvre constitue un miroir assez fidèle de la vie musicale russe, même si elle est contemporaine de toutes les recherches futuristes, cubistes, dadaïstes ou surréalistes. On conviendra donc volontiers que ses partitions (dont l’admirable symphonie chorale Les Cloches qui sera donnée en clôture du Festival de Colmar 2010) évoquent plus La Cerisaie de Tchékhov et les subtils paysages d’Isaac Levitan que Le Nuage en pantalon de Maïakovski ou Le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch !


Volontairement éloignée de tous les courants musicaux de son époque, à la fois intemporelle et ancrée dans la grande tradition russe, la musique de Rachmaninov revêt avec le recul du temps une signification universelle qui justifie amplement l’hommage rendu par le Festival de Colmar !


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Programme complet, informations et réservations sur www.festival-colmar.com

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Texte de Marianna Chelkova

Coordinatrice artistique du Festival International de Colmar

Chargée des recherches musicales et documentaires

 

Les Journées de l’Orgue en Alsace, du 12 au 16 mai 2010


Soixante associations se sont unies en 2010 pour former la fédération « Découverte des Orgues d’Alsace » qui porte haut les couleurs de l’orgue dans notre région. Ce nouvel élan leur a inspiré un festival à la fois musical, culturel et gastronomique, s’adressant aussi bien aux mélomanes qu’au public curieux de découvrir une région et ses richesses.

«Pays des orgues», l’Alsace compte environ 1300 instruments. Ce patrimoine organistique est le plus important de France et l’un des plus variés. Grâce à l’investissement des collectivités territoriales et à l’affection des Alsaciens pour cet instrument, la majorité de ces orgues est en très bon état.

Quatre axes viendront charpenter ce festival : les concerts, la pédagogie, le tourisme et la gastronomie.

Les concerts, au nombre de six, seront répartis sur l’ensemble du territoire alsacien de Thann à Saessolsheim, en passant par Ingersheim, Ebersmunster et Strasbourg. Avec sept organistes et trois instrumentistes, dont deux Victoires de la Musique, avec deux ensembles instrumentaux, l’originalité et la qualité seront les maîtres mots de cette programmation.

Les enfants des écoles primaires bas-rhinoises et haut-rhinoises découvriront l’orgue à travers une nouvelle de Jules Verne, Monsieur Ré dièse et Mademoiselle Mi bémol, qui met notamment en scène deux enfants et un facteur d’orgue. Les étudiants des classes d’orgue et les organistes amateurs de notre région pourront se perfectionner dans le cadre d’une académie internationale organisée en partenariat avec l’Ecole d’Orgue Protestante.

Plusieurs visites d’orgues prestigieuses permettront d’ouvrir, tant aux amateurs éclairés qu’aux simples curieux, les tribunes d’orgues alsaciennes réputées dans le monde entier.

Les Journées de l’Orgue en Alsace se projetteront dans l’avenir en abordant des questions telles que « Quel orgue en Alsace au XXIe siècle ? », et en présentant notamment l’ambitieux projet du Centre Européen de l’Orgue à Marmoutier.

Les oreilles et les yeux seront particulièrement soignés au moment des Journées de l’Orgue en Alsace. Les papilles le seront aussi dans les différents moments gastronomiques proposés. Ces moments seront l’occasion d’une rencontre entre artistes, mélomanes et facteurs d’orgues.

Placées sous le signe de la découverte et de la diversité, les Journées de l’Orgue en Alsace sont faites de mille sons, de chaleur et de convivialité.


Gilles Oltz

Vice-président DOA


STUTTGART : RICHARD WAGNER «PARSIFAL»

UNE PASSIONNANTE TRANSPOSITION RÉUSSIE

 

 

Contrairement à la réputation sulfureuse que lui ont fait ses détracteurs Calixto Bieito est très respectueux des opéras qu’il met en scène. Il en suit assez fidèlement le déroulement dramatique qu’il amplifie de sa vision personnelle faite souvent de références actuelles enrichies par une imagination débordante et une très grande sensibilité artistique. Cette vision personnelle que certains prennent parfois pour de la provocation offre au contraire des images très fortes toujours en rapport avec l’intensité du drame.

Dans le cas de Parsifal, il était intéressant de découvrir comment il allait traiter l’histoire de cette étrange communauté (une secte ?) de Chevaliers qui privés du Graal et de son pouvoir surnaturel allaient perdre leur Foi et leur raison d’exister. On le découvre très vite dès le prélude orchestral qui se joue rideau ouvert avec le décor très réussi de Susanne Gschwender : d’un côté un port autoroutier en ruines, de l’autre une forêt aux arbres calcinés. Quelques personnages errent sans but, plusieurs portant un masque à gaz pour se protéger des conséquences d’un conflit nucléaire et du désastre écologique qu’il a provoqué. La plupart des survivants vivent sous terre et n’en sortent que pour chercher un sens à leur vie, privés de leurs anciennes valeurs qu’Amfortas leur chef ne parvient pas à leur faire retrouver. Et encore moins Titurel son père qui lui, n’a toujours pas compris que son monde a définitivement disparu. Dans la première scène dite «du Graal» (2e tableau du 1er acte) Amfortas fait livrer à la foule des survivants un lot de bimbeloterie (plats, coupes, ciboires, crucifix, chandeliers etc...) qui semble les apaiser et éveiller en eux de vagues souvenirs. Puis ils brandissent des pancartes écrites dans toutes les langues, la plus grande en lettres rouges demandant «Wo ist Gott» «Où est Dieu». L’inconnu amnésique que Gurnemanz, gourou fanatique, a amené à cette étrange réunion n’a pas retrouvé la mémoire et témoigne toujours de la même indifférence. Par dérision, Gurnemanz grave au fer rouge sur la poitrine de Parsifal le mot ERLÖSUNG (Rédemption).

Au deuxième acte apparaît Klingsor dont la puissance s’exprime par la possession d’un lance-flamme. Ses Filles-Fleurs vêtues de feuilles de plastique transparent collées par des rubans adhésifs évoquent plus des zombies que des séductrices. Kundry avive la conscience de Parsifal par l’évocation de sa mère mais surtout en lui offrant un jouet de son enfance, une maquette de camion-benne, qui l’éveille à son passé.

Et quand menacé par Klingsor il cherchera une arme, c’est avec une barre de fer arrachée aux ruines du pont qu’il se défendra et le tuera.

Au troisième acte, reconnu par Gurnemanz, Parsifal monté dans un caddie endosse une invraisemblable robe bleue chargée de bondieuseries, tel un nouveau Jésus-Christ prêt à refaire son entrée à Jérusalem ! Une vraie scène saint-sulpicienne se déroule pendant l’enchantement du Vendredi-Saint avec des petits anges, cierges à la main, pénétrant dans la salle alors que se répandent les fumées d’encens. Dans la dernière scène, les survivants se sont débarrassés de Titurel et Parsifal dès son arrivée, à l’aide de sa barre de fer, symbole de sa puissance, tue Amfortas qui n’attendait que cela et le remplace. Tout le monde semble apaisé et les survivants vont pouvoir continuer à survivre ayant retrouvé un sens à leur vie.

Si Calixto Bieito crée par sa mise en scène un spectacle fort et passionnant, il en partage la réussite avec Manfred Honeck à la tête des forces musicales du Staatsoper. Une direction brillante et lumineuse qui sert admirablement la puissance évocatrice de la musique de Richard Wagner. Et la force et la beauté des Chœurs justifient leur réputation acquise durant la dernière décennie où la revue «Opernwelt» lui avait attribué à plusieurs reprises le titre du meilleur chœur d’Opéra.

La distribution remarquable réunie par l’Opéra de Stuttgart répondait en tout point aux ambitions de la production. Christiane Iven incarnait une Kundry tourmentée aux éclats vocaux parfois hystériques faisant preuve d’un immense talent de comédienne tout comme l’Amfortas athlétique tant vocalement que physiquement de Gregg Baker. Dans le rôle-titre Andrew Richards, voix claire et bien timbrée, incarnait un personnage émouvant de «Chaste Fol» évoluant vers celui triomphant de rédempteur. Magnifique interprétation également de Stephen Milling en Gurnemanz violent et brutal dont la partie vocale est la plus longue de la partition tout comme celle de Matthias Hölle dans le rôle plus court de Titurel à qui la mise en scène conférait une présence inhabituelle.

Avec cette exceptionnelle production de Parsifal succédant à un Chevalier à la Rose d’anthologie cet hiver, l’Opéra de Stuttgart oubliant ses crises du passé retrouve l’éclat qui a fait de lui une des premières scènes allemandes.

Pierre IUNG