Le 28 mai 1925 naissait à Berlin l’un des artistes les plus immenses, prolifiques et influents de l’histoire du chant classique au XXème siècle : le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau. À la fois chanteur de concert légendaire, monstre sacré de l’opéra et pédagogue respecté, il a marqué l’histoire du disque par l’exigence absolue et la diversité de son répertoire.
Des bancs de la poésie aux premières armes musicales
Fils d’un pasteur et proviseur passionné de théâtre lyrique, et d’une institutrice, Dora Ludwige, qui l’initie au concert dès ses 9 ans, le jeune Dietrich grandit dans un environnement hautement intellectuel et mélomane. Grand lecteur de Goethe et de Schiller, il se destine d’abord à des études de lettres. Enrôlé dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est finalement durant sa captivité en Italie qu’il effectue ses premières prestations musicales professionnelles.
Bien que naturellement attiré à ses débuts par des rôles de ténor héroïque, ses prépositions physiques et vocales le dirigent vers un registre de baryton lyrique unique, caractérisé par une diction d’une clarté absolue et une capacité infinie à délivrer les nuances et les pianissimes les plus subtils. En 1942, alors que Berlin est sous les bombes, il donne un premier concert historique en interprétant le cycle « Le Voyage d’hiver » (Winterreise) de Franz Schubert, œuvre majeure qui constituera également, avec « Le Chant du cygne », ses tout premiers enregistrements discographiques.
Le roi incontesté du Lied allemand
Sa carrière internationale explose littéralement en 1951 au Festival de Salzbourg, lorsqu’il interprète les « Chants d’un compagnon errant » de Gustav Mahler sous la direction du légendaire chef Wilhelm Furtwängler. Admiré par ses contemporains — le violoniste Yehudi Menuhin lui vouait un respect immense —, Fischer-Dieskau va redonner au genre du Lied (le poème chanté) une popularité mondiale sans précédent.
Au cours de sa vie, il a mis sa science du texte et de la couleur musicale au service de plus de 1 500 lieder de Brahms, Schubert, Schumann ou Hugo Wolf. Son impressionnante boulimie de travail et sa rigueur le conduisent, pour la seule maison Deutsche Grammophon en 1968, à enregistrer pas moins de 463 lieder de Robert Schumann.
Un pilier de l’opéra mondial et un artiste total
Parallèlement à cet héritage intimiste de musique de chambre, Dietrich Fischer-Dieskau a durablement marqué les plus grandes scènes d’opéra de la planète. Il fut un interprète incontournable des grands rôles mozartiens (le Comte Almaviva dans Les Noces de Figaro), verdiens (Rigoletto) et wagnériens (Wolfram dans Tannhäuser ou Hans Sachs dans Les Maîtres chanteurs de Nuremberg).
Artiste complet, il décide de se retirer de la scène au début des années 1990 pour se consacrer avec la même ferveur à la direction d’orchestre, à l’écriture d’ouvrages musicologiques, à la peinture, ainsi qu’à l’enseignement à la Hochschule der Künste de Berlin, transmettant son art jusqu’à sa disparition en mai 2012.
Chaque matin à 07h00 et 08h00, Anne-Valérie met en lumière les parcours des géants de la musique. Retrouvez cette chronique en podcast sur le site d’Accent 4.