Ce 06 mai, dans la matinale Tempo Matin, Laurent Genvo a choisi de revenir sur le parcours d’un géant : Gilbert Bécaud. Si le titre Contre vous nous montre un artiste apaisé, il est essentiel de se souvenir que Bécaud fut, avant tout, l’homme qui a fait entrer la chanson française dans l’ère de la performance et de la tension musicale.
Un musicien formé à la dure école du classique
Avant de briser des pianos sur la scène de l’Olympia, François Gilbert Silly est un pur produit de l’exigence académique. Élève au Conservatoire de Nice, il y étudie le piano et la composition. Cette base classique sera le socle de toute sa carrière :
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Une science de la mélodie : Ses chansons ne sont pas de simples ritournelles, mais des compositions structurées, souvent complexes harmoniquement.
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L’ambition symphonique : Tout au long de sa vie, il cherchera à marier le populaire et le savant, aboutissant à la création de son Opéra d’Aran en 1962, une œuvre lyrique ambitieuse qui témoigne de son refus des cloisons étanches entre les genres.
L’invention de « Monsieur 100 000 Volts »
C’est la rencontre avec Pierre Delanoë et Louis Amade qui transforme le compositeur en interprète. Bécaud apporte une rupture fondamentale :
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L’énergie physique : Il est le premier à exprimer une telle fougue sur scène, préfigurant l’arrivée du rock en France.
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Le rayonnement international : Rarement un artiste français aura été autant repris à l’étranger. De Et maintenant (devenu What Now My Love) à Je t’appartiens (Let It Be Me), ses thèmes font le tour du monde, interprétés par Elvis Presley, Bob Dylan ou Nina Simone.
Le morceau diffusé ce matin illustre cette capacité de Bécaud à épurer son style après des décennies de succès électriques. On y retrouve sa patte de pianiste hors pair, mais mise au service d’une douceur plus nuancée. C’est le Bécaud des années 80 : celui qui maîtrise parfaitement son art et peut se permettre d’explorer des couleurs plus jazz et feutrées sans perdre l’intensité qui a fait sa légende.