Donne-t-on la priorité à l’amour ou à la peur de la souffrance ? Cet été, le Festspielhaus de Baden-Baden résonnait des harmonies poignantes de La Bohème de Giacomo Puccini. Dans ce tout premier épisode d’Opérapie, la nouvelle chronique d’Accent 4 qui explore l’opéra sous l’angle du comportement humain, nous nous penchons sur l’un des artistes les plus célèbres de la musique classique : le poète Rodolfo.
Un chef-d’œuvre de 1896 toujours présent dans notre pop culture
Inspiré du roman d’Henri Murger (Scènes de la vie de bohème), l’opéra de Puccini aborde sans détour des thèmes d’une modernité saisissante : la précarité de la jeunesse, la maladie, l’amour tragique et le mythe de l’artiste maudit.
Dans cet épisode, Bernard Cribier nous rappelle d’abord le propos de la bohème et l’importance de cette oeuvre dans le répertoire de Puccini. De la célèbre valse de Musetta (« Quando me’n vo’ ») reprise par Della Reese dans Don’t You Know en 1950, jusqu’au monument de la chanson française La Bohème de Charles Aznavour en 1965, l’empreinte de Puccini est partout.
On retrouve également la trame du poète amoureux d’une muse condamnée dans le film culte Moulin Rouge! de Baz Luhrmann, dans l’émouvant anime japonais Your Lie in April, dans le film Éclair de lune (avec Cher et Nicolas Cage au Metropolitan Opera de New York) et même… chez Les Simpson, où Homer s’essaie à une interprétation de Rodolfo pour le moins inoubliable !
L’analyse comportementale : Rodolfo et le réflexe de fuite selon Henri Laborit
Au-delà du mythe romantique, comment expliquer l’attitude de Rodolfo ? Pourquoi choisit-il de quitter Mimì alors qu’il l’aime éperdument et qu’elle est gravement malade ?
Notre chroniqueuse Juliette Machynia s’est penchée sur ce personnage « plus vrai que nature ». Pour décrypter son attitude, elle dresse un parallèle passionnant avec les travaux du neurobiologiste Henri Laborit (L’Éloge de la fuite).
Face à une situation de stress intense et d’impuissance absolue — ici la pauvreté extrême couplée à l’imminence de la mort de sa compagne —, l’être humain se retrouve coincé. Ne pouvant ni lutter contre la maladie de Mimì, ni soumettre la réalité sociale qui l’écrase, Rodolfo active le troisième mécanisme biologique fondamental décrit par Laborit : l’inhibition de l’action ou la fuite.