C’est une bien triste nouvelle qui vient endeuiller le monde de la musique classique et, plus particulièrement, celui de l’art lyrique. Le chef d’orchestre italien Antonino Fogliani s’est éteint à l’âge de 50 ans, emporté par un cancer qu’il combattait avec courage depuis plusieurs mois. Reconnu internationalement pour sa science infuse du bel canto et sa direction d’une clarté exemplaire, le maestro laisse derrière lui un vide immense, tant auprès de ses collègues musiciens que du public qui l’admirait. Pour notre antenne Accent 4, attentive aux événements musicaux qui rayonnent dans notre région et juste au-delà de nos frontières, cette disparition résonne tout particulièrement. En effet, Antonino Fogliani était une figure familière et profondément estimée de l’autre côté du Rhin, au sein du festival de Wildbad.
Né à Messine, en Sicile, Antonino Fogliani a très tôt démontré des dispositions exceptionnelles pour l’art des sons. Il étudie d’abord le piano au Conservatoire de sa ville natale avant de se tourner vers la composition et la direction d’orchestre au prestigieux Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan. Sa formation se parachève à l’Académie Chigiana de Sienne, un haut lieu de l’enseignement musical en Italie, où il bénéficie des précieux conseils de maîtres renommés. Très vite, son talent est repéré par le grand chef Gianluigi Gelmetti, dont il devient l’assistant. Cette collaboration décisive lui permet de parfaire sa technique et de plonger au cœur des traditions les plus pures de l’opéra italien, acquérant une rigueur stylistique qui deviendra sa véritable signature. Ses débuts professionnels se font sous les meilleurs auspices à l’Opéra de Rome en 2001, marquant le point de départ d’une riche carrière internationale.
Le nom d’Antonino Fogliani reste indissociable de la renaissance du répertoire belcantiste du XIXe siècle, et singulièrement des chefs-d’œuvre de Gioachino Rossini. Sa précision métronomique, son sens inné du rythme dramatique et son respect scrupuleux des partitions d’origine en faisaient le chef idéal pour ce répertoire aussi brillant qu’exigeant. C’est en Allemagne, à Bad Wildbad dans la Forêt-Noire voisine, que son art a trouvé l’un de ses plus beaux terrains d’expression. Nommé directeur musical du festival international « Rossini in Wildbad », un événement bien connu des mélomanes alsaciens qui n’hésitent pas à franchir la frontière rhénane pour y assister, il a marqué l’histoire de cette manifestation de son empreinte indélébile. Pendant deux décennies, sous sa baguette inspirée, le festival a exhumé des raretés rossiniennes et proposé des interprétations de référence, souvent immortalisées au disque. Nos auditeurs d’Accent 4 se souviennent sans doute de ces retransmissions vibrantes d’énergie, où la virtuosité des chanteurs était magnifiée par sa direction d’une remarquable fluidité.
Au-delà de la Forêt-Noire et des scènes italiennes mythiques comme la Scala de Milan ou la Fenice de Venise, la carrière de Fogliani s’est déployée sur les plus prestigieuses scènes mondiales. De l’Opéra de Paris au Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles, en passant par l’Opéra d’État de Bavière à Munich ou l’Opéra de Zurich, sa direction chaleureuse, précise et toujours attentive aux voix était unanimement saluée par les plus grands solistes de notre temps. Doté d’une profonde générosité humaine, il avait également à cœur de transmettre son savoir aux jeunes générations. Il enseignait ainsi la direction d’orchestre à la Haute École de Musique de Genève, où sa pédagogie bienveillante et son exigence artistique ont formé de nombreux jeunes talents prometteurs qui feront la musique de demain.
La disparition prématurée d’Antonino Fogliani, à seulement 50 ans, prive le paysage lyrique d’un artisan passionné, respectueux de l’histoire mais résolument tourné vers le partage vivant et direct de la musique. En ces moments douloureux, l’équipe d’Accent 4 s’associe à la peine de sa famille, de ses proches et de toute la communauté des musiciens qui ont eu le privilège de croiser sa route. Il nous reste aujourd’hui ses nombreux enregistrements, précieux témoignages d’un art qui savait si bien allier la rigueur de l’esprit à la chaleur du cœur méditerranéen.