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L’Orchestre National de Mulhouse présente « Naissance d’un Maître » avec Alexandre Kantorow

Rachmaninov, du désastre de 1897 à la reconquête de soi — Alexandre Kantorow et l’Orchestre National de Mulhouse, 15 et 16 octobre à La Filature. Ce concert est l’occasion exceptionnelle d’entendre Alexandre Kantorow, l’une des figures majeures de la scène pianistique internationale. Il jouera sur quatre continents cette saison et sera à Mulhouse les 15 et 16 octobre. Salué par la critique comme la « réincarnation de Liszt », il s’est imposé comme l’une des figures majeures de la scène pianistique internationale.

Il existe peu de destins, dans l’histoire de la musique, aussi théâtraux que celui de Sergueï Rachmaninov. « Naissance d’un maître » : c’est le titre qu’a choisi La Filature de Mulhouse pour son concert symphonique des 15 et 16 octobre prochains, et il résume à lui seul l’un des retournements les plus spectaculaires du répertoire romantique.

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Sur scène, l’Orchestre National de Mulhouse sera placé sous la direction du chef hongrois Gergely Madaras, avec pour invité l’un des pianistes les plus courus de sa génération, Alexandre Kantorow. Au programme, un triptyque entièrement rachmaninovien : la Symphonie de jeunesse, ébauche composée en cachette à dix-huit ans, le Concerto pour piano n°2, œuvre miraculeuse née d’une cure d’hypnose, et la Symphonie n°2, aboutissement d’une reconquête de soi menée loin de Russie, dans le silence studieux de Dresde.

Entre ces deux symphonies, quinze années s’écoulent. Quinze années qui racontent, mieux qu’aucune biographie, comment un étudiant timide et contrarié dans sa vocation par son propre professeur de piano est devenu l’un des derniers grands symphonistes du romantisme, après avoir traversé l’un des fiascos les plus retentissants jamais essuyés par un compositeur sur une scène de concert.

1891 : un élève de dix-huit ans compose en cachette

Pour comprendre le parcours que ce concert donne à entendre, il faut remonter à l’automne 1891, dans les dernières semaines d’études de Sergueï Rachmaninov au Conservatoire de Moscou. Le jeune homme, alors âgé de dix-huit ans, y est l’élève du redoutable pianiste-pédagogue Nikolaï Zverev, chez qui il loge depuis 1885 aux côtés d’autres pensionnaires, parmi lesquels le futur compositeur Alexandre Scriabine. Zverev, professeur exigeant et quasi paternel, a fait de Rachmaninov un virtuose accompli, mais il voit d’un très mauvais œil l’attirance croissante de son élève pour la composition, qu’il considère comme du temps volé au travail pianistique. En 1889, une demande de Rachmaninov — obtenir un piano et une pièce à lui pour pouvoir composer sans être dérangé par les autres élèves — met le feu aux poudres : Zverev, furieux, cesse de lui adresser la parole et le pousse à quitter le foyer familial pour s’installer chez ses cousins, la famille Satine.

C’est dans ce climat de rupture larvée que Rachmaninov, suivant les cours de composition libre d’Anton Arenski, se voit confier un exercice académique : écrire une symphonie. Il s’exécute durant l’été 1891, dans la propriété des Satine à Ivanovka, campagne qui deviendra pour lui, sa vie durant, un refuge nourricier. Le résultat, calqué sur le modèle de la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski, ne suscite l’enthousiasme ni d’Arenski ni de Sergueï Taneïev, autre pédagogue du Conservatoire : les mélodies, juge-t-on, manquent encore de personnalité. Rachmaninov n’achèvera jamais qu’un seul mouvement de cette symphonie de jeunesse — un Grave-Allegro molto d’une dizaine de minutes, daté du 28 septembre 1891 — les trois autres mouvements ayant depuis disparu, sans doute jetés ou égarés par un compositeur peu satisfait de son propre travail. La partition ne sera publiée, à titre posthume, qu’en 1947.

Ce fragment de jeunesse, que le concert de La Filature donne à entendre en ouverture, est bien davantage qu’une curiosité d’archive. Il documente le tout premier affrontement de Rachmaninov avec la forme symphonique — un genre auquel il reviendra sans cesse, avec une ambivalence douloureuse, tout au long de sa carrière. On y perçoit déjà l’empreinte de Tchaïkovski, mentor spirituel autant que modèle esthétique, ainsi qu’un sens précoce de l’ampleur orchestrale, quand bien même l’écriture reste encore scolaire par endroits. C’est aussi, symboliquement, l’acte de naissance d’une vocation contrariée : le compositeur en herbe grandit alors dans l’ombre portée d’un maître qui ne croit pas en lui.

1897 : le désastre de la Première Symphonie

Le différend avec Zverev finit par se réparer — Rachmaninov obtient d’ailleurs la Grande Médaille d’or du Conservatoire de Moscou en 1892, distinction suprême que seuls deux élèves avant lui avaient reçue — et les années qui suivent sont fécondes : le Premier Concerto pour piano, l’opéra Aleko, le fameux Prélude en ut dièse mineur qui le rend, malgré lui, immensément célèbre. Mais c’est avec sa Première Symphonie, achevée en 1895 après une composition laborieuse de plusieurs mois, que Rachmaninov entend démontrer sa pleine maturité de créateur. La partition, dédiée à « A. L. » — Anna Lodyjenskaïa, pour qui le compositeur nourrissait une passion discrète — est d’une ambition formelle inédite chez lui : les quatre mouvements sont unifiés par un motif cyclique dérivé du chant liturgique orthodoxe, traité avec une audace harmonique et rythmique qui tranche avec l’académisme de sa symphonie de jeunesse.

La création, prévue pour mars 1897 à Saint-Pétersbourg dans le cadre des Concerts symphoniques russes, s’annonce sous les meilleurs auspices : Rachmaninov, fort de ses succès conservatoriens et des encouragements de Tchaïkovski avant sa mort en 1893, aborde l’échéance avec une confiance certaine. Mais l’exécution, confiée à la baguette d’Alexandre Glazounov, tourne au fiasco absolu. Le chef, par ailleurs compositeur reconnu, dispose d’un temps de répétition dérisoire, partagé avec deux autres créations programmées le même soir ; il opère de surcroît des coupes dans la partition sans en avertir l’auteur. Rachmaninov, terré dans les coulisses plutôt que dans la salle, entend un orchestre livré à lui-même, un chef indifférent, presque apathique selon les témoins. La rumeur, colportée notamment par l’épouse du compositeur, veut que Glazounov ait été ivre ce soir-là — une hypothèse jamais formellement prouvée, mais que la réputation bien établie du chef pour la bouteille rend plausible aux yeux de nombreux biographes.

La réception critique achève de terrasser le jeune compositeur. César Cui, membre du groupe nationaliste des Cinq, signe un compte rendu resté célèbre pour sa cruauté, comparant l’œuvre à une symphonie composée par un élève doué d’un conservatoire infernal, destinée à réjouir les damnés. Nikolaï Rimski-Korsakov, moins venimeux mais tout aussi sévère, avait déjà confié à Rachmaninov, avant même la création, que cette musique ne lui agréait guère. Rachmaninov quitte la salle avant la fin du concert. Il a vingt-trois ans, et le sentiment d’avoir tout perdu. Dans une lettre adressée quelques semaines plus tard à un ami, il s’interroge, incrédule et meurtri, sur la manière dont un musicien du talent de Glazounov a pu diriger si mal, semblant ne rien ressentir de ce qu’il dirigeait. La partition, jugée par son auteur lui-même comme un échec indigne d’être montré, ne sera plus jouée de son vivant ; elle disparaît, considérée comme perdue, et ne sera reconstituée qu’après la mort de Rachmaninov, à partir des parties d’orchestre retrouvées en 1944, pour une seconde création posthume en 1945 qui, cette fois, triomphe.

Trois années de silence, et la cure du docteur Dahl

Le traumatisme est à la mesure de l’espoir déçu. Pendant près de trois ans, Rachmaninov ne compose plus aucune œuvre de grande envergure. Il poursuit sa carrière de pianiste et de chef d’orchestre — il dirige notamment à l’Opéra privé de Moscou, où il se lie d’amitié avec la basse Fiodor Chaliapine — mais la page reste blanche. En janvier 1900, ses proches, alarmés par son état, organisent une rencontre avec son écrivain de prédilection, Léon Tolstoï, dans l’espoir que l’entretien avec ce monument des lettres russes lui rende confiance. La visite tourne court : Tolstoï se montre cassant, presque désobligeant, et Rachmaninov en ressort plus abattu encore.

C’est la famille Satine, chez qui il a trouvé refuge depuis la rupture avec Zverev, qui prend alors l’initiative décisive : faire appel au docteur Nikolaï Dahl, neurologue moscovite formé à Paris auprès du célèbre Jean-Martin Charcot, spécialiste de l’hypnothérapie et, circonstance heureuse, excellent altiste amateur. De janvier à avril 1900, Rachmaninov se rend quotidiennement chez Dahl pour des séances associant hypnose et ce que l’on appellerait aujourd’hui une thérapie de soutien — la psychanalyse freudienne n’existe pas encore. Le compositeur racontera plus tard avoir entendu, jour après jour, la même formule répétée alors qu’il somnolait dans le fauteuil du docteur : il allait se remettre à écrire son concerto, le travail lui viendrait avec aisance, l’œuvre serait excellente. Aussi incroyable que cela puisse paraître, confessera-t-il, cette cure le guérit véritablement.

Remis sur pied, Rachmaninov part se ressourcer en Crimée en compagnie de Chaliapine, puis reprend, à l’été 1900, la composition du Concerto pour piano n°2 qu’il avait ébauché sans succès deux ans plus tôt. Les deuxième et troisième mouvements sont créés dès décembre 1900 lors d’un concert de bienfaisance — Rachmaninov, malade et terriblement nerveux, les interprète lui-même — et l’accueil chaleureux du public l’encourage à achever le premier mouvement, qu’il termine au printemps 1901. La création intégrale, le 27 octobre 1901 (9 novembre dans le calendrier grégorien), est un triomphe sans appel. En signe de gratitude envers l’homme qui l’a arraché à sa dépression, Rachmaninov dédie l’œuvre au docteur Dahl — une dédicace que l’on peut encore lire sur le manuscrit original.

Le Concerto n°2 : l’œuvre qui a sauvé un compositeur

Il faut mesurer combien cette œuvre porte, dans chacune de ses pages, la trace de la renaissance qu’elle incarne. Les premiers accords du piano seul — huit mesures d’accords en cloche, progressant d’un pianissimo presque inaudible vers un fortissimo écrasant — sonnent moins comme une introduction que comme un sortilège : le compositeur convoque littéralement l’orchestre à la vie. Le premier mouvement, Moderato, déploie ensuite l’une des mélodies les plus généreusement chantantes de tout le répertoire pianistique, portée par des harmonies denses et des couleurs orchestrales sombres, typiquement russes, où l’on entend l’héritage de Tchaïkovski filtré par une sensibilité déjà pleinement personnelle.

L’Adagio sostenuto qui suit — l’un des mouvements lents les plus aimés du répertoire romantique, popularisé bien au-delà des salles de concert par d’innombrables adaptations — installe un climat de rêverie nocturne, presque immobile, où le piano et les bois dialoguent en un long chant suspendu. Le finale, Allegro scherzando, referme l’œuvre sur une énergie conquérante, avant qu’une seconde grande mélodie, longuement préparée, ne vienne couronner la partition dans un éclat triomphal. On mesure, à l’écoute, combien cette musique se construit comme un récit de guérison : de l’ombre initiale à la lumière finale, le concerto rejoue, note pour note, le chemin parcouru par son auteur entre 1897 et 1901.

Le succès est immédiat et ne s’est jamais démenti depuis : l’œuvre devient l’un des piliers du répertoire concertant, popularisée au cinéma — on songe à Brève Rencontre de David Lean — et par des générations de pianistes qui en ont fait un test de leur maturité artistique autant que de leur endurance technique. Pour Rachmaninov lui-même, ce Concerto n°2 marque bien plus qu’un retour en grâce : il inaugure le style qui restera désormais le sien, fait de grandes lignes mélodiques amples, d’un chromatisme feutré et d’une orchestration somptueuse, mais désormais dépouillé des audaces formelles plus abruptes qui avaient déconcerté le public de la Première Symphonie.

Dresde, 1906-1907 : composer en secret, une seconde fois

Il faudra pourtant attendre encore six années, et un nouvel exil volontaire, pour que Rachmaninov ose de nouveau affronter le genre symphonique. Au tournant du siècle, sa carrière moscovite est florissante : compositeur reconnu, pianiste demandé, il occupe également, à partir de 1904, le poste envié de chef d’orchestre au Théâtre Bolchoï, où il dirige avec un soin méticuleux le répertoire lyrique russe. Mais cette notoriété a un revers : sollicité de toutes parts, Rachmaninov trouve de moins en moins de temps pour composer, et le climat politique russe, marqué par les troubles de la révolution de 1905 et le massacre du Dimanche rouge devant le Palais d’Hiver, rend sa position à un théâtre impérial de plus en plus inconfortable.

En février 1906, Rachmaninov démissionne de son poste au Bolchoï et s’installe avec son épouse Natalia et leur fille en bas âge à Dresde, en Allemagne, où la famille passera l’essentiel des trois années suivantes, revenant seulement l’été dans la propriété familiale d’Ivanovka. Dans cette ville où personne, ou presque, ne le connaît, Rachmaninov retrouve enfin le loisir de composer dans l’isolement. Il y entame un opéra sur Monna Vanna de Maeterlinck, projet qu’il abandonnera faute de droits d’adaptation disponibles, assiste à une représentation de Salomé de Richard Strauss dont il apprécie la musique tout en jugeant certains passages trop dissonants à son goût, et surtout, entre l’automne 1906 et le printemps 1907, compose dans le plus grand secret sa Deuxième Symphonie.

Le souvenir du désastre de 1897 hante littéralement ce travail. Rachmaninov ne révèle son projet à presque personne, pas même à ses amis les plus proches restés en Russie, de peur qu’un nouvel échec ne vienne, une seconde fois, briser sa réputation de symphoniste. Le processus créatif est laborieux : le compositeur juge sa première mouture exécrable — « la pire de toutes », confiera-t-il —, et l’orchestration, achevée durant l’été 1907, avance avec une lenteur qu’il qualifie lui-même de pénible. Dans une lettre à un ami datée d’avril 1907, il va jusqu’à jurer, une fois l’œuvre terminée, de ne plus jamais écrire de symphonie — un vœu qu’il ne tiendra heureusement pas, mais qui témoigne de l’ambivalence durable que ce genre continue de susciter chez lui, dix ans après le traumatisme initial.

26 janvier 1908 : la revanche de Saint-Pétersbourg

La création de la Symphonie n°2, le 26 janvier 1908 au théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, sous la direction du compositeur lui-même, dissipe d’un coup dix années de doutes. Le succès, cette fois, est aussi net que le désastre de 1897 avait été cuisant : la presse salue en Rachmaninov, tout juste âgé de trente-quatre ans, l’un des compositeurs les plus significatifs de la scène musicale contemporaine, digne héritier de Tchaïkovski. L’œuvre lui vaut le prix Glinka, distinction prestigieuse assortie d’une récompense de mille roubles. La boucle est bouclée : le jeune homme meurtri par l’échec de sa première tentative symphonique s’impose, quinze ans presque jour pour jour après sa Symphonie de jeunesse, comme un maître incontesté du genre.

D’une durée d’environ une heure lorsqu’elle est donnée intégralement — les quatre mouvements ont pourtant longtemps souffert d’une tradition de coupures pratiquées par des chefs soucieux d’en resserrer le discours —, la Symphonie n°2 en mi mineur, opus 27, est dédiée à Sergueï Taneïev, ce même professeur qui, quinze ans plus tôt, n’avait pas caché ses réserves sur les premiers essais symphoniques de son ancien élève. Ce geste de dédicace n’est sans doute pas fortuit : il referme, avec élégance, la boucle ouverte par les années d’apprentissage au Conservatoire.

Le premier mouvement, Largo – Allegro moderato, s’ouvre par un motif en forme de devise, grave et modal, évoquant le chant liturgique orthodoxe cher à Rachmaninov depuis sa Première Symphonie ; de cette cellule initiale naît une longue mélodie mélancolique qui irrigue tout le mouvement, dans une architecture ample et patiemment développée. Le deuxième mouvement, un scherzo d’une vitalité rythmique éblouissante, laisse pourtant affleurer, dans l’appel des cors, une allusion menaçante au Dies irae — motif grégorien de la messe des morts que Rachmaninov ne cessera, sa vie durant, de tisser dans son œuvre comme une signature obsessionnelle — avant qu’un épisode fugué virevoltant ne cède la place à une parenthèse d’un lyrisme passionné.

Vient ensuite l’Adagio, l’un des sommets de l’art mélodique rachmaninovien : une clarinette solo y déroule une phrase d’une longueur et d’une sinuosité rares, blottie dans un tapis de cordes chatoyant, dans ce que beaucoup de commentateurs considèrent comme l’équivalent symphonique du fameux Adagio du Concerto n°2. Le finale, Allegro vivace, referme l’œuvre sur un déploiement de forces conquérant, ressaisissant au passage plusieurs des thèmes entendus précédemment pour les porter vers une conclusion d’une magnificence assumée — sans l’ombre du doute ni de la retenue qui avaient, en 1897, coûté si cher à son auteur.

Alexandre Kantorow, la voix d’un romantique dans le monde d’aujourd’hui

C’est peu dire qu’Alexandre Kantorow s’est imposé, en quelques années à peine, comme l’un des pianistes les plus en vue de sa génération. En 2019, à vingt-deux ans, il devient le premier pianiste français à remporter le Premier Prix du Concours Tchaïkovski, assorti du Grand Prix, distinction suprême qui n’avait été décernée que trois fois auparavant dans toute l’histoire du concours. Cinq ans plus tard, en 2024, il devient à la fois le premier Français et le plus jeune lauréat du Gilmore Artist Award, l’une des récompenses pianistiques les plus prestigieuses au monde, attribuée tous les quatre ans.

Alexandre Kantorow le Luzerner Sinfonieorchester (Luzerner Sinfonieorchester/Philipp Schmidli)

Né dans une famille de musiciens et formé auprès de Rena Shereshevskaya, Kantorow s’est depuis produit sur les scènes les plus prestigieuses aux côtés des plus grands chefs de sa génération — parmi lesquels Ivan Fischer, Yannick Nézet-Séguin, Antonio Pappano, Teodor Currentzis, Klaus Mäkelä ou encore Valery Gergiev — et avec des phalanges telles que le Philharmonique de Berlin, le Philharmonique de New York, l’Orchestre de Paris ou le Concertgebouw d’Amsterdam. La critique n’a pas hésité à le qualifier, dans les colonnes de la revue Fanfare, de réincarnation de Liszt. Son geste le plus symbolique reste sans doute son interprétation de Jeux d’eau de Ravel lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, en juillet 2024, devant plusieurs milliards de téléspectateurs.

Rachmaninov occupe une place particulière dans son répertoire : le pianiste s’est notamment confié, dans un portrait diffusé par Arte Concert, sur sa relation intime à cette musique, expliquant l’admiration qu’il porte au compositeur russe. C’est peu dire que sa venue à Mulhouse, où il jouera l’un des concertos les plus exigeants et les plus aimés du répertoire, constitue l’un des rendez-vous marquants de la saison de l’Orchestre National de Mulhouse.

A VOIR : Témoignage d’Alexandre Kantorow à propos de Rachmaninov (portrait Arte Concert, à 22 minutes)

Gergely Madaras à la baguette, l’Orchestre National de Mulhouse en fosse… et en salle

La direction musicale de ce diptyque de concerts est confiée à Gergely Madaras, chef hongrois né à Budapest en 1984. Formé à la flûte traversière à l’Académie Franz-Liszt de Budapest avant d’obtenir un master de direction d’orchestre à l’Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne, Madaras a dirigé l’Orchestre Dijon Bourgogne de 2013 à 2019 avant de prendre, la même année, la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dont il a été le directeur musical jusqu’en 2025 — le plus jeune à avoir occupé ce poste depuis la fondation de la phalange belge en 1960. Chef également très actif dans le répertoire lyrique, il a fait ses débuts remarqués avec les orchestres symphoniques de Melbourne, du Queensland et de Houston, et se produit régulièrement avec des formations aussi renommées que le BBC Symphony, le BBC Philharmonic, le Philharmonique de Radio France ou l’Orchestre national de Lyon.

Il retrouve, pour ce programme entièrement rachmaninovien, l’Orchestre National de Mulhouse — dont le poste de directeur musical est occupé depuis 2022 par le chef et violoniste Christoph Koncz. Fondé en 1867 sous la forme d’un petit orchestre municipal, l’ensemble mulhousien a changé plusieurs fois de nom au fil de son histoire — Orchestre régional de Mulhouse en 1972, Orchestre symphonique du Rhin en 1979, puis Orchestre symphonique de Mulhouse — avant de recevoir, en juillet 2024, le label « Orchestre national en région » décerné par le ministère de la Culture, qui lui vaut, depuis janvier 2025, son appellation actuelle d’Orchestre National de Mulhouse. Sa scène de résidence, La Filature, en fait l’une des institutions musicales majeures d’Alsace, aux côtés de l’Opéra national du Rhin.

Informations pratiques

Le concert « Naissance d’un maître » sera donné à La Filature de Mulhouse à deux reprises : le jeudi 15 et le vendredi 16 octobre, exceptionnellement à 20h ces deux soirs-là. Au programme, dans l’ordre : la Symphonie de jeunesse de Sergueï Rachmaninov, son Concerto pour piano n°2 en ut mineur, opus 18, avec Alexandre Kantorow en soliste, puis, après l’entracte, la Symphonie n°2 en mi mineur, opus 27. La soirée, entracte compris, dure environ deux heures et quart. Une rencontre préparatoire, « Les clés d’écoute », est par ailleurs proposée en amont du concert pour permettre au public de mieux appréhender les œuvres données.

Durée : environ 2h15 avec entracte

Gergely Madaras, direction — Alexandre Kantorow, piano

Programme : Rachmaninov — Symphonie de jeunesse ; Concerto pour piano n°2, op. 18 ; Symphonie n°2

Une leçon de résilience

Au-delà du plaisir purement musical qu’il promet, ce programme mulhousien offre une leçon rare : celle d’un créateur qui a su transformer l’humiliation publique en matériau de sa propre renaissance. De l’adolescent contrarié dans sa vocation par un maître exigeant, au jeune homme brisé par un désastre de concert, jusqu’au compositeur accompli qui referme quinze ans plus tard la boucle en dédiant sa symphonie triomphante à l’un de ceux qui avaient douté de lui, l’itinéraire que raconte ce concert est aussi celui de toute création artistique authentique : fragile, vulnérable à l’échec, mais capable, dans les meilleurs des cas, d’une renaissance éclatante. « Naissance d’un maître » n’est donc pas seulement le titre d’un concert : c’est le résumé, en trois mots, de toute une existence vouée à la musique.

Pour aller plus loin

Page du concert sur le site de La Filature : lafilature.org/naissance-d-un-maitre

Gagnez vos places pour le concert du 16 octobre sur Accent 4 dans l’émission Tempo Matin, chaque matin entre 8h et 9h.

Tags: CompositeurOrchestre National de Mulhouse
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