Site icon Accent 4

Leipzig 1726 : L’Apogée de la Rhétorique Bachienne par la Chapelle Rhénane

Par la rédaction d’Accent 4

Le 5 mars prochain, l’église Sainte-Aurélie de Strasbourg accueillera un événement d’une densité musicologique rare. Sous la direction de Benoît Haller, La Chapelle Rhénane nous invite à une immersion dans l’année 1726, charnière absolue de la production sacrée de Johann Sebastian Bach. Un programme qui n’est pas une simple juxtaposition d’œuvres, mais une démonstration de la puissance exégétique du Cantor.

L’Éclat du Cantor : Un Portrait en Trois Actes

Lorsqu’en 1726, Bach est installé à Leipzig depuis trois ans, sa maîtrise de la forme « cantate » atteint un point de non-retour en termes de complexité architecturale et de ferveur spirituelle. Le programme choisi par Benoît Haller explore cette maturité à travers deux cantates et une messe luthérienne, offrant un panorama saisissant du génie saxon.

La Cantate BWV 138 : L’Angoisse et la Confiance

Composée initialement en 1723 mais pilier du répertoire leipzigois, « Warum betrübst du dich, mein Herz » (Pourquoi t’affliges-tu, mon cœur ?) est une œuvre d’une structure inhabituelle. Elle frappe par ses récitatifs intercalés au sein même du choral, créant un dialogue saisissant entre l’âme tourmentée et la réponse divine. Pour l’auditeur exigeant, c’est une leçon de psychologie musicale.

La Messe en sol mineur BWV 235 : Le Recyclage Transcendantal

Souvent injustement éclipsées par la Messe en si, les Messes brèves (ou luthériennes) de Bach sont des joyaux de concision. La Messe en sol mineur est un chef-d’œuvre de parodie musicale : Bach y réutilise des mouvements de ses propres cantates pour les porter vers une nouvelle dimension liturgique. Le Kyrie initial, d’une austérité contrapuntique absolue, rappelle que Bach n’avait pas d’égal dans l’art de la fugue vocale.

La Cantate BWV 80 : L’Hymne de la Réforme

Point culminant du concert, « Ein feste Burg ist unser Gott » (C’est un rempart que notre Dieu) est le monument érigé à la gloire de Luther. Si la version de 1724 est célèbre, c’est la densité du contrepoint du premier mouvement — où chaque voix entrelace la mélodie du choral dans un canon d’une rigueur mathématique — qui justifie à elle seule le déplacement.

Il ne s’agit pas ici d’une interprétation « muséale ». La Chapelle Rhénane, qui fête ses 25 ans, a bâti sa réputation sur une lecture organique et habitée du répertoire baroque.

Ce concert est l’occasion de confronter l’exigence technique de Bach à une émotion brute, celle d’un ensemble qui, après un quart de siècle, n’a rien perdu de sa flamme.

Informations Pratiques

 

 

Quitter la version mobile