Fondée en 1960, l’association strasbourgeoise AJAM accueille chaque saison de jeunes interprètes d’exception dans le grand répertoire de chambre. Cette année, un hautbois français, un violoncelle solitaire, un trio beethovénien et un piano romantique dessinent quatre soirées d’une cohérence remarquable.
Quatre récitals de musique de chambre, de novembre 2026 à avril 2027, de Strasbourg à Saint-Dié-des-Vosges
Il est rare qu’une saison de concerts se lise comme un traité. Celle de l’AJAM y ressemble pourtant : chacun des quatre programmes pose une question d’écriture, celle de la couleur instrumentale, du monologue, du dialogue à trois ou de la tradition face à la rupture, et y répond par des œuvres choisies avec précision. Le mot du président Guillaume Sébastien et de la coordinatrice Aimée Eschbach l’annonce : « une jeunesse toujours aussi enthousiasmante et du grand répertoire ».
Novembre 2026 : Gabriel Pidoux et Jorge González Buajasán
L’école française du hautbois, de Saint-Saëns à Dutilleux
Le concert d’ouverture est une affaire de mémoire. En accueillant Gabriel Pidoux, l’AJAM reçoit la troisième génération d’une lignée : son grand-père, le violoncelliste et chef d’orchestre Roland Pidoux, en 1968 ; son père, le violoncelliste Raphaël Pidoux, fondateur du Trio Wanderer, en 2003. « Révélation Soliste Instrumental » aux Victoires de la Musique Classique 2020, le hautboïste forme depuis 2019 un duo avec le pianiste Jorge González Buajasán, que l’on connaît aussi au sein du Trio Zeliha. Deux albums, en 2022 et en 2026, ont été salués par la critique.
Francis Poulenc, Sonate pour hautbois, FP 185
Henri Dutilleux, Sonate pour hautbois et piano
Adolphe Deslandres, Introduction et Polonaise
Francis Poulenc, Mélancolie, FP 105
Camille Saint-Saëns, Sonate pour hautbois et piano
Antonino Pasculli, Variations sur un thème de Donizetti : la Favorita
Trois sonates, trois manières de chanter
La Sonate de Saint-Saëns, écrite en 1921, quelques mois avant la mort du compositeur, appartient à un ultime triptyque avec les sonates pour clarinette et pour basson. Saint-Saëns y déclarait vouloir servir des instruments à vent que le répertoire avait délaissés. Le hautbois y est traité en voix pastorale, presque pudique, dans une écriture classique par sa clarté et par ses proportions. C’est le versant le plus limpide de l’esthétique française.
Dutilleux, en 1947, donne à l’instrument une œuvre plus mobile, où l’harmonie fuit la tonalité franche : une Aria, un Scherzo, un Final. L’écriture repose sur la gestion du souffle et sur la finesse du timbre, qu’une palette pianistique très coloriste vient nuancer. Poulenc, enfin, laisse avec sa Sonate FP 185, composée en 1962 à la mémoire de Prokofiev, un testament : une Élégie, un Scherzo, puis une Déploration dont le calme dépouillé est l’un des plus bouleversants de sa dernière manière. Lors du concert, ces trois pages se répondent par leurs climats : le chant serein, l’invention coloriste, le deuil apaisé.
La virtuose et la mélancolique
À ces sonates, le programme oppose deux pièces conçues pour éblouir. Antonino Pasculli (1842-1924), hautboïste sicilien, fut surnommé le « Paganini du hautbois » : ses fantaisies sur les opéras italiens transposent à l’instrument la virtuosité du violon romantique. Ses variations sur La Favorita de Donizetti sont un morceau de bravoure où le chant d’opéra se transforme en acrobatie. L’Introduction et Polonaise d’Adolphe Deslandres relève de la même veine brillante.
Entre ces feux d’artifice, la Mélancolie de Poulenc (1940) est une pièce pour piano seul, et c’est là son intérêt : elle laisse Jorge González Buajasán s’exprimer sans partenaire, et l’auditeur y goûte le jeu subtil d’un chambriste qui, le reste de la soirée, sert le hautbois.
Dates : Bischwiller (dim. 8 novembre, 17 h), Mulhouse (mar. 10, 19 h), Altkirch (jeu. 12, 19 h), Strasbourg (ven. 13, 20 h), Sainte-Marie-aux-Mines (dim. 15, 15 h), Saverne (mar. 17, 20 h), Colmar (mer. 18, 20 h).
Février 2027 : Krzysztof Michalski
Trois suites pour violoncelle seul, de Bach à Penderecki
« Pour qui sait l’accueillir, le hasard réserve parfois de belles découvertes » : la plaquette raconte comment le hasard a façonné les choix de vie de Krzysztof Michalski, de son métier à son instrument. Distingué au Concours de l’ARD de Munich en 2024, lauréat du Concours Reine Elisabeth de Belgique en mai 2026, il a enregistré un premier disque en duo avec Alexandra Bidi, harpe solo de l’Orchestre de Paris.
Johann Sebastian Bach, Suite n° 4 en mi bémol majeur, BWV 1010
Krzysztof Penderecki, Suite pour violoncelle seul
Gaspar Cassadó, Suite pour violoncelle seul
Le monologue à trois époques
Le programme fait de la suite un genre à part entière, et de la solitude un principe de composition. Chez Bach (Cöthen, vers 1720), la Suite en mi bémol enchaîne un Prélude d’arpèges, les danses de l’usage (Allemande, Courante, Sarabande), puis deux Bourrées et une Gigue. Le violoncelle y suggère seul une polyphonie : la ligne unique dessine plusieurs voix, et la tonalité de mi bémol, peu commode sur l’instrument, exige une grande sûreté de main gauche.
Penderecki, que le violoncelliste eut la chance de rencontrer et dont il parle avec émotion, apporte le versant moderne de la question. Sa suite est, selon la plaquette, un sommet de technicité inventive : l’instrument est sollicité dans toutes ses possibilités sonores, bien au-delà de ce que Bach pouvait envisager. Gaspar Cassadó (1897-1966), élève de Pablo Casals, referme la soirée avec une suite rare et virtuose, écrite en 1926 : la danse espagnole (sardane comprise) y côtoie l’écriture soliste la plus exigeante. Trois façons de faire tenir un orchestre dans quatre cordes.
Dates : Mulhouse (ven. 5 février, 19 h), Altkirch (sam. 6, 19 h), Sainte-Marie-aux-Mines (dim. 7, 15 h), Saverne (mar. 9, 20 h), Colmar (mer. 10, 20 h), Strasbourg (ven. 12, 20 h), Bischwiller (dim. 14, 17 h).
Mars 2027 : le Trio Pantoum
Beethoven, deux siècles après, et Mendelssohn
Formé à Paris en 2016 par Martin Jollet (piano), Hugo Meder (violon) et Bogeun Park (violoncelle), le Trio Pantoum joue sur les cinq continents et a signé en 2024 un premier album immédiatement salué. Hugo Meder est un familier de l’AJAM, où il jouait en sonate la saison dernière avec Arthur Hinnewinkel.
Ludwig van Beethoven, Trio n° 4 en si bémol majeur, « Gassenhauer », op. 11
Felix Mendelssohn, Trio n° 1 en ré mineur, op. 49
Ludwig van Beethoven, Trio n° 6 en mi bémol majeur, op. 70 n° 2
Un Beethoven léger et amoureux
Les concerts tombent en mars 2027, mois du bicentenaire de la mort de Beethoven (26 mars 1827). Le programme ne convoque pourtant ni le Beethoven héroïque ni celui des dernières années. Il choisit le compositeur du trio avec piano, un genre qu’il pratique avec passion dès ses débuts. L’opus 11, dit « Gassenhauer » (« air de rue »), doit son surnom à son finale, des variations sur une mélodie d’opéra alors à la mode. C’est une œuvre légère, presque mozartienne.
L’opus 70 n° 2, composé en 1808 en même temps que le célèbre « Geister-Trio », en est le pendant méconnu : lyrique, solaire, d’une tendresse qui n’a rien à envier à son frère plus fantomatique. Entre ces deux pôles, Mendelssohn s’impose naturellement. Son Trio en ré mineur (1839) est l’héritage direct du romantisme beethovénien, avec un souffle et une fluidité qui firent dire à Schumann qu’il s’agissait du trio majeur de l’époque.
Dates : Mulhouse (jeu. 11 mars, 19 h), Sélestat, Tanzmatten (ven. 12, 20 h 30), Saint-Dié-des-Vosges, La Nef (sam. 13, 20 h), Sainte-Marie-aux-Mines (dim. 14, 15 h), Saverne (mar. 16, 20 h), Colmar (mer. 17, 20 h), Strasbourg (ven. 19, 20 h), Bischwiller (dim. 21, 17 h).
Avril 2027 : Arthur Hinnewinkel
Brahms et Moussorgski : la tradition et la rupture
Finaliste du Concours international Clara Haskil en 2023, 4e prix du Concours Reine Elisabeth de Belgique en 2025, Arthur Hinnewinkel a consacré un album remarqué à l’œuvre concertante de Schumann. Après deux saisons passées avec ce compositeur, il aborde Brahms.
Johannes Brahms, 7 Fantaisies, op. 116
Modeste Moussorgski, Tableaux d’une exposition
Deux contemporains que tout oppose
Les Fantaisies op. 116 (1892) sont un recueil de la maturité tardive : trois Capriccios et quatre Intermezzi, dont l’intimité et la concentration contrastent avec l’ampleur des grandes sonates de jeunesse. Brahms y cultive l’économie, la demi-teinte, une écriture de la retenue que le pianiste choisit de défendre comme une découverte, celle d’un opus moins connu.
Moussorgski est son contemporain, mais son univers est à l’opposé. Écrits en 1874 en souvenir du peintre Viktor Hartmann, les Tableaux d’une exposition tournent le dos aux modèles allemands : la promenade qui revient en refrain, les harmonies modales, la dureté volontaire de l’écriture produisent l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature pour piano. Placer côte à côte le poète de la tradition et le novateur brut, c’est faire entendre, dans le même siècle, les deux visages du piano romantique.
Dates : Guebwiller, Les Dominicains (mar. 6 avril, 20 h 30), Colmar (mer. 7, 20 h), Mulhouse (jeu. 8, 19 h), Strasbourg (ven. 9, 20 h), Altkirch (sam. 10, 19 h), Sainte-Marie-aux-Mines (dim. 11, 15 h), Saverne (mar. 13, 20 h).
Autour des concerts
L’AJAM va à la rencontre des publics avec des concerts-animations, des ateliers de musique de chambre, des classes de maître, des répétitions publiques et des conférences, gratuits et ouverts aux petits comme aux grands. La Collectivité européenne d’Alsace soutient en novembre les actions menées avec les ensembles et écoles de musique locales, qui relient pratiques amateurs et professionnelles. Chaque été, la Fête de la musique sur le Campus de l’Esplanade de l’Université de Strasbourg prolonge cette mission.
Informations pratiques
- Tarifs
- Plein tarif 18 €, tarif réduit 15 €, chômeurs 10 €, étudiants et Carte Culture 6 €, Carte Atout Voir et RSA 3 €, gratuit pour les moins de 18 ans. Les auditeurs d’Accent 4 bénéficient du tarif réduit.
- Abonnement
- 50 € pour les quatre concerts de la saison, en ligne ou par courrier.
- Billetterie
- En ligne sur ajam.fr et aux caisses du jour, 30 minutes avant chaque concert. Altkirch (Halle au blé), Bischwiller (MAC), Sélestat (Tanzmatten) et Guebwiller (Les Dominicains) gèrent leur propre billetterie, avec des tarifs parfois différents. À Strasbourg, les billets sont aussi en vente à la Boutique Culture, 5 place du Château.
- Contact
- AJAM, 34 rue du Tivoli, 67000 Strasbourg, contact@ajam.fr, +33 (0)6 48 25 13 82.

