Site icon Accent 4

Adieu à José van Dam : Le Maître de l’Équilibre et de l’Émotion

Par la rédaction d’Accent 4

La Belgique et le monde de la musique sont en deuil. Ce 17 février 2026, l’une des plus grandes voix du XXe et XXIe siècles s’est éteinte à l’âge de 85 ans. José van Dam n’était pas seulement un baryton-basse d’exception ; il était l’incarnation même de l’élégance vocale, de l’exigence intellectuelle et d’une humilité rare dans le milieu lyrique. Accent 4 rend hommage à l’enfant de Bruxelles devenu citoyen du monde de l’art.

C’est une nouvelle qui a fait vibrer les cordes sensibles de tous les mélomanes. José van Dam, le « géant tranquille », nous a quittés. Pour nous, auditeurs d’Accent 4, il était plus qu’une voix : il était une présence familière, un repère de perfection technique et de profondeur interprétative.

Celui qui disait souvent que « la voix est l’instrument de l’âme » laisse derrière lui un vide immense, mais une discographie qui reste un monument de la culture européenne.

Né Joseph Van Damme à Bruxelles en 1940, rien ne le prédestinait initialement à devenir l’un des piliers du Festival de Salzbourg ou de l’Opéra de Paris. À 17 ans, il entre au Conservatoire royal de Bruxelles. Très vite, ses professeurs, notamment Frédéric Anspach, décèlent un timbre d’une richesse inhabituelle. Ce n’est pas seulement la puissance qui frappe, mais la clarté de la diction. Chez van Dam, chaque mot doit être entendu. À seulement 21 ans, il remporte les premiers prix de chant et d’opéra à Liège, Toulouse et Genève. Il intègre l’Opéra de Paris dès 1961. C’est le début d’une ascension fulgurante, mais maîtrisée. Contrairement à beaucoup de jeunes talents qui brûlent leurs ailes sur des rôles trop lourds, José van Dam construit sa carrière avec une intelligence architecturale.

Un interprète fétiche pour les plus grands chefs

Si le nom de José van Dam est indissociable de l’excellence, c’est aussi parce qu’il fut le collaborateur privilégié des plus grands maestros du siècle.

« José était l’un des rares chanteurs capables de comprendre la structure d’une œuvre aussi bien que le chef d’orchestre. » — Anonyme, membre du Philharmonique de Berlin.

José van Dam possédait une tessiture de baryton-basse qui lui permettait d’explorer les recoins les plus sombres et les plus nobles de l’âme humaine. Son interprétation du tsar de Moussorgski reste inégalée. Il n’en faisait pas un monstre hurlant, mais un homme dévasté par la culpabilité, dont la chute était d’autant plus terrible qu’elle était intérieure.

Saint François d’Assise : L’apothéose

En 1983, Olivier Messiaen crée son opéra Saint François d’Assise. Il écrit le rôle-titre spécifiquement pour la voix de José van Dam. Ce rôle de quatre heures, d’une difficulté redoutable, demandait une endurance et une spiritualité que seul le Belge pouvait offrir. C’est peut-être là son plus grand héritage : avoir donné un corps et une voix à la sainteté. Chez Mozart, il apportait une noblesse particulière. Son Leporello ou son Figaro n’étaient jamais des caricatures, mais des personnages d’une intelligence vive, conscients des enjeux sociaux de leur temps. On ne peut parler de José van Dam sans évoquer son amour pour la langue française. Il a redonné ses lettres de noblesse à la mélodie (Duparc, Fauré, Debussy).

Pour lui, chanter en français exigeait une horizontalité parfaite et un respect absolu du texte poétique. Ses enregistrements des chansons de Henri Duparc restent, encore aujourd’hui, la référence absolue pour tout étudiant de chant lyrique. Le grand public se souvient de lui dans le film de Gérard Corbiau, Le Maître de musique (1988). Il y incarnait Joachim Dallayrac, un chanteur se retirant de la scène pour enseigner. La fiction a rejoint la réalité.

La Chapelle Musicale Reine Elisabeth

Après avoir quitté les scènes d’opéra en 2010 (lors d’un adieu mémorable à la Monnaie dans Don Quichotte de Massenet), José van Dam s’est consacré corps et âme à la direction de la section chant de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Il y a formé une nouvelle génération de chanteurs, leur transmettant non seulement la technique, mais aussi une éthique de travail. Ceux qui l’ont côtoyé à Bruxelles ou dans les coulisses des théâtres décrivent tous la même personne : un homme simple, fuyant les mondanités, préférant la discrétion de sa vie privée aux projecteurs des soirées de gala. Il aimait la peinture, le silence, et par-dessus tout, la justesse.

José van Dam n’est plus, mais sa voix ne s’éteindra jamais sur nos ondes. Chaque fois que nous diffuserons son Elias de Mendelssohn ou son Pelléas, nous nous souviendrons de cette leçon d’humilité qu’il nous a donnée : l’art est plus grand que l’artiste.

Notre album coup de coeur 

Quitter la version mobile