Le Cosmos consacre actuellement un focus au maître hongrois Béla Tarr. Au cœur de cette rétrospective brille un film au titre évocateur pour tout théoricien de la musique : Les Harmonies Werckmeister. Une plongée obscure et sublime dans les fondements mêmes de notre système tonal.
Le Tempérament en Question
Le titre du film fait directement référence à Andreas Werckmeister, l’organiste et théoricien baroque qui, au XVIIe siècle, a défini les bases du « tempérament inégal ». Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène mémorable où un personnage explique que l’harmonie parfaite est une illusion technique, une « tricherie » acoustique sur laquelle repose pourtant toute la musique occidentale de Bach à nos jours.
Une Symphonie de l’Ombre
La musique du film, composée par Mihály Víg, fonctionne sur une structure de passacaille répétitive et envoûtante. Pour nous, auditeurs d’Accent 4, ce film est une méditation visuelle sur la fin d’un monde et la fragilité de la culture face au chaos. C’est une œuvre qui interroge la place de l’harmonie (musicale et sociale) dans une époque de désordre.
Regarder Les Harmonies Werckmeister, c’est comprendre que la musique n’est pas qu’un plaisir esthétique, mais l’ossature même de notre civilisation. Un écho fascinant aux réflexions de Pythagore ou de Kepler sur l’harmonie des sphères.