À l’occasion du cycle « Animalités » au Cinéma Le Cosmos, la projection du chef-d’œuvre de Robert Bresson, Au hasard Balthazar, nous offre une opportunité rare de redécouvrir l’un des mariages les plus poignants entre le septième art et la musique de chambre.
L’Andantino de l’Absolu
Dans ce récit dépouillé contant le calvaire d’un âne, Bresson a choisi une partition unique : le deuxième mouvement de la Sonate pour piano n° 20 en la majeur (D. 959) de Franz Schubert. Pour l’auditeur d’Accent 4, ce choix n’est pas anecdotique. L’Andantino de Schubert, écrit quelques semaines seulement avant sa mort, est une musique de l’errance, oscillant entre une mélancolie de berceuse et un accès de violence centrale presque expressionniste.
La Musique comme Silence
Chez Bresson, la musique n’est jamais illustrative. Elle intervient comme une ponctuation sacrée. En isolant ce thème de Schubert, le cinéaste souligne la dignité muette de l’animal face à la cruauté humaine. C’est une leçon de dépouillement : là où l’image montre la souffrance, la sonate de Schubert apporte une dimension métaphysique, transformant le destin d’un âne en une véritable passion christique.
Une occasion idéale de réécouter les grandes interprétations de cette sonate — de Radu Lupu à Alfred Brendel — pour saisir comment le piano schubertien parvient à dire l’indicible.