Site icon Accent 4

Trois plumes pour révéler l’indicible

Tote bag reçu pour l'occasion

Et si vous vous preniez une claque ? Comme une prise de conscience de ce qu’on refusait jusqu’ici de voir. Poser des mots sur ce qui fait mal. Lundi 18 mai, trois destins étaient réunis lors d’une rencontre littéraire et culinaire organisée par l’Iconoclaste au restaurant Les Culottées à Strasbourg.

Julia Kerninon, La Dernière des Wilberforce

Nous sommes entraîné à ne pas voir la violence sexuelle 

Et si le plus inquiétant n’était pas la violence elle-même, mais notre faculté à ne pas la voir ? Dans son nouveau roman, Julia Kerninon met en scène deux familles réunies sur une presqu’île, dix ans après une vie commune que chacun tente désormais d’effacer. Entre tensions, flashbacks et secrets enfouis, l’autrice nous entraîne dans un récit presque à la manière d’Agatha Christie, où les mécanismes de la violence sexuelle apparaissent peu à peu, tout comme notre manière collective de détourner le regard.

Joséphine Tassy, Vagabondes

Je ne pensais pas aimer une noire un jour

Cette phrase raciste survient juste après un moment charnel entre deux personnes amoureuses. Comment réagiriez-vous ? Après s’être pris ce poing verbal, Joséphine Tassy a longuement réfléchi. Elle a choisi d’explorer par l’écriture les mécaniques de l’attachement, du mouvement mais aussi de l’identité. Son roman suit des personnages qui avancent, se cherchent et tentent de faire face à leurs propres contradictions. L’autrice raconte que quelques semaines après cette fameuse phrase, elle a décidé de se couper les cheveux pour se rendre plus visible. Pour elle, la fiction devient un laboratoire, une manière de se retrouver face à ce qu’on ne voyait pas.

Olivier Grondeau, Joseph dans la nuit

Dans la prison iranienne, les plus petits instants de joie devenaient des moyens de survie.

Vous passez des vacances dans un hôtel en tant que touriste. Soudain, des hommes entrent dans votre chambre, vous demandent de prendre quelques affaires et placent un bandeau sur vos yeux. Vous partez sans savoir où vous allez, ni pourquoi. La peur vous envahit. Le tout dans un pays encore marqué par le mouvement Femme, Vie, Liberté et la mort de Mahsa Amini. Dans Joseph dans la nuit, Olivier Grondeau revient sur les 72 premiers jours de sa détention arbitraire dans la prison de Chiraz, à l’automne 2022. Accusé d’espionnage par les autorités iraniennes, celui qu’il appelle désormais « ses ravisseurs » explique aussi comment le régime des mollahs cherchait alors à faire croire que la contestation venait de l’étranger plutôt que de la population elle-même. Puis viennent l’écriture, la poésie persane et les vers de Hafez. Comme les autres livres de cette rencontre, ces pages interrogent une autre forme d’aveuglement : celle imposée par la peur de parler et le courage qu’il faut avoir pour regarder la réalité en face.

La Dernière des Wilberforce de Julia Kerninon, Vagabondes de Joséphine Tassy et Joseph dans la nuit d’Olivier Grondeau paraîtront à la rentrée 2026 aux éditions de l’Iconoclaste.

Michaël Reibel

Quitter la version mobile