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Mahler ressuscité par l’OUS au Palais des Fêtes

Des mètres et des mètres de file d’attente avant même de pouvoir entrer dans le Palais des Fêtes : voilà ce qui attendait le public venu nombreux ce vendredi soir pour assister à la Symphonie n°5 en ut dièse mineur de Gustav Mahler interprétée par l’Orchestre universitaire de Strasbourg dans le cadre des concerts de la saison.


L’OUS sous la direction de Mauro Mariani. © M. Reibel

Alors que les portes ouvraient à 20 h pour un concert prévu à 20 h 30, la foule s’étendait encore à l’extérieur du bâtiment quelques minutes avant le début de la représentation. Dans cette longue file d’attente, un public particulièrement éclectique : étudiant·e·s, habitué·e·s de l’OUS, passionné·e·s de Mahler ou simples curieux·euses venu·e·s découvrir l’ensemble strasbourgeois.

« C’est la première fois que je viens ici mais j’ai toujours adoré la musique classique », confie Kiana, 22 ans, étudiante en licence de littérature anglaise.

Il faut dire que l’Orchestre Universitaire de Strasbourg attire désormais un public toujours plus large et plus jeune. L’ensemble, composé d’environ 80 musicien·ne·s issu·e·s pour la plupart des différentes facultés de Strasbourg, s’attaquait à un monument du répertoire symphonique, même si certain·e·s hésiteront à considérer cette Cinquième comme la meilleure des symphonies de Mahler. Ce dernier avait commencé à l’écrire en 1901 dans une période marquée par une grave hémorragie intestinale qui a failli lui coûter la vie, et sa rencontre avec Alma Schindler.

Dès les premières secondes du concert, Mauro Mariani installe une tension palpable. Avant même d’amorcer la première levée, le chef laisse planer un long silence dans la salle, comme pour préparer le public à l’univers sombre de cette œuvre. Dans le premier mouvement, l’orchestre apparaît particulièrement attentif à sa direction. Les cordes, au son volontairement peu lumineux, installent une atmosphère de marche funèbre convaincante tandis que les cuivres, très solennels, viennent donner toute sa profondeur à l’ensemble. La direction de Mauro Mariani, très mesurée, peut parfois sembler légèrement rigide mais elle peut largement servir la gravité de l’œuvre.

Le deuxième mouvement gagne progressivement en intensité. Plus énergique dans sa gestuelle, le chef entraîne un orchestre qui, comme un bon vin, se bonifie au fil des saisons. Les cuivres impressionnent par leur puissance et leur précision tandis que les bois assurent un excellent lien avec les cordes. L’ensemble gagne alors en ampleur et en assurance.

Des membres de l’OUS. © M. Reibel

Le troisième mouvement apparaît en revanche un peu plus inégal. Quelques passages de pizzicati très délicats aux cordes créent de beaux moments de respiration, malgré un démarrage légèrement hésitant de certains solos de cuivres. Les percussions, elles, restent particulièrement solides et permettent au mouvement de retrouver toute son énergie dans sa conclusion.

Mais c’est surtout dans l’Adagietto et le Rondo-Finale que l’orchestre révèle toute sa maturité. Après les noirceurs du début de la symphonie, Mahler laisse enfin apparaître une forme d’espoir. Les cordes se font plus légères, presque suspendues, avant un final lumineux et brillant. Le contraste avec le premier mouvement témoigne d’une réelle compréhension de l’œuvre par l’ensemble strasbourgeois, aussi bien dans l’interprétation que dans la gestion des différentes couleurs orchestrales.

Le public ne s’y est pas trompé. À l’issue du concert, les applaudissements nourris se prolongent longuement dans le Palais des Fêtes, certain·e·s spectateurs·trices allant même jusqu’à réclamer un bis. Après une telle performance, jouée sans entracte, les musicien·ne·s avaient bien mérité un peu de repos.

Difficile enfin de ne pas penser à Gustav Mahler lui-même. Il y a 111 ans et un jour, le compositeur dirigeait le Städtisches Orchester de Strasbourg. Dans les gestes de Mauro Mariani, certain·e·s auront peut-être cru apercevoir, le temps d’une soirée, l’ombre du compositeur autrichien revenir habiter le Palais des Fêtes.

Un concert à retrouver prochainement sur les ondes d’Accent 4.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, la rédaction vous propose : https://www.accent4.com/gustav-mahler-symphonie-n-5-le-chant-du-destin-22152/

Michaël Reibel

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