C’est une nouvelle qui serre le cœur de tous les mélomanes et des musiciens qui ont eu le privilège de croiser sa route. Le chef d’orchestre espagnol Juanjo Mena a officiellement annoncé ses adieux définitifs à la scène.
Cette décision, bien que redoutée, marque la fin d’une immense carrière et suscite une vague d’émotion à travers toute l’Europe, touchant également de près les auditeurs d’Accent 4 en Alsace, toujours très sensibles aux grands serviteurs de l’art symphonique.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte particulièrement douloureux. Au début de l’année 2025, le maestro avait courageusement choisi de rendre publique sa lutte contre la maladie d’Alzheimer. Ce geste de transparence, rare et empreint d’une grande dignité, avait profondément ému la planète musicale.
Malheureusement, la progression inexorable de cette pathologie neurodégénérative a fini par imposer ses limites physiques et cognitives. Diriger un orchestre exige en effet une concentration absolue, une réactivité de chaque instant et une mémoire infaillible de partitions extrêmement denses. Face à l’évolution récente de son état de santé, Juanjo Mena a dû se résoudre à poser définitivement sa baguette, privilégiant désormais sa vie de famille et son bien-être.
Né à Vitoria-Gasteiz, au Pays Basque, Juanjo Mena s’est imposé au fil des décennies comme l’une des figures les plus respectées et aimées du paysage orchestral international. Formé auprès de maîtres prestigieux, dont l’illustre Sergiu Celibidache, il a su développer un style caractérisé par une rigueur absolue, mais surtout par une immense chaleur humaine et une générosité communicative.
Sa direction, toujours habitée, refusait le spectaculaire gratuit pour se concentrer sur la substance même des œuvres, libérant à chaque concert une sève sonore d’une rare intensité.
Sa carrière internationale l’a mené à la tête des plus prestigieuses phalanges mondiales. On se souvient notamment de son mandat remarquable en tant que chef principal du BBC Philharmonic de Manchester, de 2011 à 2018. Durant cette période dorée, il a gravé des enregistrements de référence, particulièrement centrés sur la musique espagnole qu’il a tant contribué à faire rayonner.
De Manuel de Falla à Joaquín Turina, le maestro possédait ce sens inné du rythme, du mystère et des coloris ibériques, qu’il savait transmettre avec une clarté absolue aux formations d’Europe du Nord.
Mais réduire le chef espagnol à ce seul répertoire serait une grave erreur de perspective. Juanjo Mena fut également un interprète d’une grande profondeur dans les pièces d’Europe centrale, notamment les grandes symphonies de Gustav Mahler, d’Anton Bruckner ou de Ludwig van Beethoven. Son passage à la tête de l’Orchestre National d’Espagne, ainsi que ses nombreuses invitations sur les scènes américaines, ont laissé des souvenirs impérissables. Les musiciens qui ont joué sous sa direction décrivent tous un homme d’une bienveillance rare, un guide qui n’imposait pas son autorité par la force, mais qui invitait au partage et au dialogue artistique.
La disparition de Juanjo Mena des estrades de concert laisse un grand vide. Cependant, sa riche discographie demeure un trésor inestimable et impérissable. Ses interprétations continueront de résonner sur nos ondes, rappelant à quel point ce chef savait allier la précision technique à la poésie la plus pure.

