Editorial JUIN, JUILLET et AOUT 2009
Les entre-deux du don.
Ce printemps, à l’initiative de l’aumônerie protestante de l’Hôpital Civil de Strasbourg et du Choeur de chambre de notreville, ont eu lieu, pendant quatre jours, concerts et conférences à l’heure de midi, pour “un temps de respiration, un moment de pause dans la course de la journée, une parenthèse d’une heure hors des préoccupations individuelles et professionnelles”.
Personnel hospitalier mais aussi visiteurs se sont retrouvés à la salle des fêtes de l’hôpital pour un temps de plaisir musical, de réflexions et de nourritures terrestres, frugales et conviviales.
Le plaisir musical nous a été offert par le Choeur de chambre de Strasbourg, en début et en fin de conférence, enregistré par Accent 4 et rediffusé le soir même par notre radio. Le choeur, sous la direction de Catherine Boltzinger, également chef de choeur de l’Orchestre Philharmonique et professeur au Conservatoire, nous a fait cadeau de mélodies superbes et graves, centrées autour de la pasiion du Christ, oeuvres duXVIe et XVIIe siècles, comme michaël Praetorius et Carlo Gesualdo, ou contemporain, comme Pascal Dusapin ou Ramon Lazkano, pour ne citer que les plus connus.
A cette fête musicale ont été associées des conférences passionnantes, ayant pour sujet le don, vu sous l’angle anthropologique, éthique et psychanalytique.
Le don serait une pratique permanente dans notre vie: en fait, nous donnons tout le temps. Et s’il faut définir le don, on peut dire qu’il s’agit d’une transaction sans contrepartie, d’une prestation sans réciprocité, sachant cependant que la réalité est plus ambigüe.
Nous donnons de l’argent (en France il y a 20 millions de donateurs, c’est-à-dire environ la moitié de la population adulte). Nous donnons des biens, des cadeaux aux fêtes et aux anniversaires, des bonbons comme Jacques Brel. Nous donnons de l’énergie, des compétences, du temps, dusavoir et du savoir-faire. Et à ce propos, une fois de plus, il faut rendre hommage à ces 12 millions de bénvoles en France, qui sont partout si précieux. Nous donnons surtout en famille, en permanence et sans réciprocité.
Pourquoi donnon-nous ? Selon la version la plus optimiste, rousseauiste pourrait-on dire, nous donnons par pur élan de générosité, par bienveillance, par pulsion de bonté et de sollicitude. En donnant, nous nous sentons fidèles à nous-même, à notre nature : bref, cela nous fait du bien de donner. Une seconde motivation, plus utilitaire, nous ferait donner par égoïsme, par pur calcul, dans l’espoir d’en retirer gain ou profit, afin d’obtenir un contre-don. Je donne donc pour recevoir, pour me fabriquer une jolie petite image de moi, complaisante et narcissique. Il y a donc un intérêt très égoïste à être altruiste. La troisième approche suggère que nous donnons pour créer du lien. Le don serait ainsi l’offrande d’un bien au service du lien, la création d’une aliance entre moi et le bénéficiaire, sans obligation de retour en ce qui concerne le don lui-même. Cette démarche retourne la puissance de l’argent contre lui-même, le neutralise, le désacralise, pour le mettre au service de la relation.
Voici les pistes données par Frédéric Rognon, anthropologue. Quant à) Charlotte Herfray, psychanalyste, elle insiste p^lus particulièrement sur l’héritage qui nous a été donné, à la fois matériel, biologique et surtout symbolique, don’t notre esprit témoigne.
Cette fonction symbolique est spécifique des humains : elle nous institue dans le langage. C’est donc à travers le langage que nous devenons ce que nous sommes, à travers la parole que nous échangeons, la vraie parole et non ce que le monde contemporain appelle communication. Au discours de l’avoir, de la logique marchande s’oppose celui de l’être, du qualitatif, qui nous enjoint de considérer l’autre avec respect et compassion, de lui répondre quand il tend la main, en trouvant les mots qui aident à vivre et à mourir.
Je vous donne cet éditorial, à la suite de nombreux autres. Accent 4 vous donne la musique que vous aimez (mais, là, un contre-don est vivement souhaité !) Et le ciel nous donne l’été : qu’il en soit remercié.
c. h.
Erratum : la traduction du livret de “Jephta” n’est pas de Nicholas Snowman. Sorry, sorry, sorry…
Le mot du Président
Avez-vous remarqué qu’il est des sujets d’actualité si peu consensuels qu’ils finissent par renverser les barrières les plus solides derrière lesquelles les courants d’idées ou les familles politiques sont habituellement contenues. La loi dite HADOPI, qui vient d’être définitivement votée après de multiples et parfois navrantes péripéties, en fournit l’exemple le plus récent. Pour sanctionner les internautes adeptes du téléchargement illégal de fichiers, notamment musicaux, cette loi institue une riposte graduée pouvant aller jusqu’à la suspension de l’abonnement à l’internet. Mais que d’encre et de salive pour en arriver là ! Les débats, que ce soit au Parlement ou dans la presse, ou encore parmi les faiseurs d’opinion, nous ont fourni d’intéressants exemples de crossing-over de la pensée : des spécialistes de la pensée libertaire applaudissant un texte liberticide ; des tenants de l’économie dirigée appelant à la libéralisation de l’espace internet. De la vraie et rafraichissante dialectique ! Le débat est maintenant clos, circulez, il n’y a plus rien à voir ! Mais rassurez-vous, le débat ne manquera pas de ressurgir au détour des inévitables difficultés d’application de cette loi, à moins que ce ne soit à l’occasion de la confrontation du texte à certaines normes de droit européen.
Reste posée la question de l’avenir de la création artistique qui est en réalité celle, déjà abordée sur l’antenne de notre radio, de l’invention de nouveaux modèles économiques permettant l’émergence d’une culture de qualité et non simplement la promotion d’un marché de “ produits ” culturels. Au moment où l’œuvre, qu’elle soit musique, livre, cinéma ou photo, s’émancipe de plus en plus de son support matériel pour devenir un fichier numérique reproductible à l’infini et transportable sous toutes les latitudes de notre globe, il est urgent de tracer de nouveaux chemins. Beaucoup y travaillent. Attendons !
Vous aurez remarqué qu’à son modeste niveau, notre radio est elle aussi, depuis plusieurs années, rattrapée par le phénomène de la numérisation. Cela a commencé par la numérisation de nos programmes de musique, qui sont ainsi passés de l’ère de la bande magnétique à celle du disque dur d’ordinateur. Demain (à moins que ce ne soit après-demain, en tous cas Accent 4 s’est mise sur les rangs), le numérique vous rendra visite chez vous, comme il le fait déjà pour la télévision, en vous apportant la radio numérique terrestre.
Mais une autre échéance se profile d’ores et déjà, celle du passage au numérique du bulletin des programmes que vous avez actuellement devant les yeux. Les difficultés liées à la gestion de la fabrication et à l’envoi de ce bulletin dans sa version papier, comme les potentialités nouvelles du numérique, nous conduisent à imaginer et à mettre au point une formule de bulletin numérique dont les lecteurs abonnés pourront prendre connaissance par courriel et par téléchargement. Entendons-nous bien : le bulletin papier ne disparaitra pas complètement! Seuls les auditeurs qui en feront la demande recevront la version électronique à la place de la version papier, car nous en sommes conscients, cette idée sera aussi peu consensuelle que le débat sur la loi HADOPI. Nous voulons cependant avancer car le format numérique nous permet d’imaginer un bulletin plus riche, avec un contenu plus riche pouvant intégrer du son et des images. Pour préparer ce projet, qui pourrait voir le jour en fin d’année, nous souhaitons constituer un groupe d’abonnés volontaires pour expérimenter cette formule numérique du bulletin et nous faire part de leurs appréciations, critiques ou non. Ces volontaires, qui dans la phase d’expérimentation continueront de recevoir le bulletin papier, sont invités à se faire connaître dès à présent en adressant un courriel à contact@accent4.com
Bonnes vacances à toutes et à tous.
Hubert Metzger